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Industrie

Le design, ou la création au service de l’industrie

« Le design, c’est ce qui rend la technique aimable », disait le designer italien Joe Colombo. Le design ne se limite pas à l’apparence des objets. Il imagine de nouvelles façons de vivre, de nouveaux usages. Il invente de nouveaux produits, de nouveaux marchés, de nouveaux procédés centrés sur les usages. C’est un formidable gisement d’innovation pour les entreprises que la DGE s’emploie à faire connaître et rendre accessible.

Création et industrie s’ignorent encore trop souvent et pourtant leur rencontre est source d’enrichissement et d’innovation. Le design permet aux créateurs de prendre une part active à l’innovation industrielle et aux industriels de bénéficier d’un gisement de créativité pour améliorer leurs produits. SEB, numéro un mondial du petit électroménager, a créé plus de 220 produits nouveaux par an grâce au travail de ses designers. Environ 50 000 personnes travaillent dans le design en France dont 30 000 sont des designers. Force est de constater que l’innovation technologique ne suffit plus pour imposer de nouveaux produits, si elle ne s’accompagne pas d’une démarche sur le design.

Développer l’usage du design par les PME 

Pour inciter les entreprises à utiliser le design, un crédit d’impôt relatif aux dépenses de design des PME, à hauteur de 400 000 €, a été mis en œuvre en 2014. 45 structures de design ont été agréées pour faire ainsi bénéficier les entreprises clientes de cet avantage fiscal.

Aujourd’hui, parce qu’ils rassemblent des jeunes entreprises innovantes, les pôles de compétitivité sont les terrains privilégiés de l’intégration du design dans l’entreprise. Ces pôles font l’objet d’une opération de grande ampleur lancée par la DGE en 2014 : la création de résidences de designers dans 13 pôles de compétitivité et grappes d’entreprises. Chaque designer en résidence a pour tâche de sensibiliser les entreprises, de démontrer par l’exemple, de pousser à engager une démarche de design. Il assure une fonction d’assistance à maîtrise d’ouvrage pour des entreprises novices et d’initiation pour l’équipe d’animation du pôle. Cette initiative, pour laquelle 500 000 € de crédits ont été engagés en 2014, sera reconduite en 2015. 

Pour soutenir les startups désireuses d’intégrer le design dans leur activité, un appel à projet, doté de 400 000 €, sera lancé au premier semestre de cette année. Il s’adressera aux incubateurs, pépinières, technopôles, accélérateurs de startups et autres structures d’accompagnement ainsi que leurs regroupements et réseaux d’appui. Les projets retenus devront mettre en œuvre un programme de sensibilisation et d’initiation au design incluant des thématiques voisines (propriété industrielle, marketing, éco-conception, design management).

Conforter l’excellence des designers français

Pour accompagner cette dynamique, il importe de développer l’offre de design grâce à la formation. La DGE apporte, conjointement avec le ministère chargé de la Culture, son soutien à l’ENSCI, l’École nationale supérieure de création industrielle, par le biais de subventions.

Pour mieux identifier les métiers du design et les faire connaître, notamment auprès des jeunes, le ministère a commandé et piloté, en concertation avec les professionnels, l’élaboration d’un référentiel des métiers du design (lire infra : Pour en savoir +). Dans le même but, des travaux interministériels vont être lancés pour une meilleure reconnaissance et une clarification des diplômes et titres professionnels de designers. 

Enfin, la DGE soutient « Design Mode d’Emploi », dont la deuxième édition a eu lieu le 10 décembre 2014. Cette manifestation est organisée depuis deux ans par l’Agence pour la promotion de la création industrielle (APCI) et France Design Education (FDE, regroupant une quinzaine des meilleures écoles de design à bac+5). Accueilli par la CCIP, Design Mode d’Emploi met en relation des étudiants en design, des diplômés en recherche d’emploi avec des entreprises et agences, pourvoyeuses potentielles d’emplois de designers.

Nouer des partenariats avec les acteurs du design

La DGE a conclu des partenariats avec des organismes de promotion du design sur la période 2013-2016, en particulier avec « La Cité du design » de Saint-Étienne, pour favoriser la rencontre entre designers et entreprises (conventions d’affaires), et avec « Le Lieu du design » à Paris, pour sensibiliser au design et accompagner des entreprises des secteurs de la santé, du médical et de l’agro-alimentaire en vue de leur appropriation du design (ateliers, coaching). 

Promouvoir la French Touch à l’international

La richesse et la créativité du design français sont largement reconnues à l’international. La DGE apporte son soutien (100 000 € en 2014 et en 2015) à « France Design les Talents Français du Design », une manifestation qui se tient tous les ans dans le cadre du salon « off » de Milan.

Elle appuie également l’APCI pour développer des actions collectives du design en France (Observeur du design, ateliers) et à l’étranger, adossées à des manifestations emblématiques du design (Taïwan, Séoul, Hong-Kong, Le Cap).

Grâce à l’ensemble de ces actions, les ministères chargés de la Culture et de l’Industrie ont l’ambition commune de faire du design un levier de compétitivité des entreprises françaises, et de la France un haut lieu de la création industrielle.

Pour en savoir + 

- sur le design comme facteur de compétitivité :
http://www.entreprises.gouv.fr/secteurs-professionnels/design

- sur l’Agence pour la promotion de la création industrielle (APCI) :
http://www.apci.asso.fr/

- sur la formation au design et aux métiers de la création :
http://www.entreprises.gouv.fr/politique-et-enjeux/formations-au-design-et-a-la-creation

- sur le référentiel des métiers du design :
http://www.entreprises.gouv.fr/etudes-et-statistiques/referentiel-des-metiers-design

- sur l’Étude : Economie du design, 2010, APCI, IFM, DGCIS : 
http://www.entreprises.gouv.fr/secteurs-professionnels/leconomie-design-juillet-2010

 

Légende du visuel principal : Lampadaire led  Blackbody illustrant l’alliance entre la technologie et le design (choisi pour être exposé dans l’antichambre du ministre chargé de l’Économie).

Côté entreprises

Créée en 1986 à Saint-Malo, Rototec est spécialisée dans le rotomoulage de pièces techniques en plastique. Sa production, destinée à l’origine à l’agriculture et au stockage des fluides, s’est élargie grâce au design.

Comment avez-vous introduit le design dans votre activité ?

Nous avons bénéficié en 2010 d’une formation et d’un accompagnement financés par la DGE. Nous avons ensuite pu faire appel aux services d’un designer. Celui-ci nous a aidés à concevoir une gamme de produits de mobilier de jardin. À partir de là, nous avons intégré la notion de design dans toutes nos productions. 

Qu’est ce que le design apporte à votre entreprise ? 

Le design nous a d’abord permis de lancer de nouveaux produits pour élargir notre marché. En plus, il nous différencie de nos concurrents par un aspect visuel plus séduisant et plus personnalisé. On nous remarque, car on sort du lot. Autre avantage : il nous permet de vendre plus, car les gens sont demandeurs de beau et plus cher. Nos produits sont montés en gamme du fait de leur esthétique.

Mais tout cela a un coût…

Chez nous, le design représente 3 % des coûts de production, ce qui reste très correct. Mais le design n’est pas seulement une question d’argent. C’est aussi un état d’esprit. Maintenant que nos ingénieurs ont intégré la notion de design dans leur travail, ils se préoccupent de faire du beau, sans pour autant que cela coûte forcément plus cher.

Blackbody, cette PME toulonnaise qui conçoit des éclairages 100 % OLED ("organic light-emitting diode") peut se vanter, en autres, qu’un de ses lustres éclaire l’antichambre du ministre chargé de l’Économie. Pour son fondateur, Bruno Dussert-Vidalet, le designer est un véritable guide stratégique.

Quelle fonction occupe le design dans votre projet ? 

Nous travaillons sur une nouvelle source lumineuse issue du LED qui va changer les modes d’usage de la lumière. Nous avons donc fait appel à un grand designer, Thierry Gaugain, qui interprète notre technologie pour en faire quelque chose de beau, d’agréable à l’œil. Ça, c’est pour la fonction classique du designer. 

Ce n’est pas tout ? 

Non ! Au-delà, notre designer intervient pour envisager les nouveaux usages possibles de notre technologie. Il prend en compte ce que sera probablement notre mode de vie et d’habitat dans dix ou quinze ans. À ce niveau, il nous sert de guide pour nous indiquer dans quelles directions orienter nos recherches technologiques. Dès lors, le design est la feuille de route de nos recherches. 

Comment s’organise le travail entre ingénieurs et designers ?

Les deux interagissent ensemble. Il faut donc une bonne entente et une bonne écoute réciproques. Pour nous, l’avis du designer est aussi important que celui d’un commercial. Car il nous évite de nous engager dans des voies sans issue. Il connaît le contexte dans lequel le produit va vivre. Il connaît les besoins et les goûts présents et futurs des consommateurs. Il sait donc assez précisément quels produits vont marcher ou pas.