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Industrie

La robolution en marche

La robotique est l’une des grandes industries du futur, capable de révolutionner nos modes de vie comme l’ont fait auparavant l’automobile, les télécommunications ou l’informatique. La France possède tous les atouts pour être un leader de ce marché de plus de 100 milliards d’euros au cours des prochaines années. C’est la raison pour laquelle il constitue un des plans de la nouvelle France industrielle.

Dans les prochaines années, la robotique connaîtra un essor comparable, voire supérieur, à celui qu’ont connu l’automobile, l’informatique ou la téléphonie mobile, selon la Commission économique de l’ONU (rapport World robotics 2012 – IFR, International Federation of robotics). Elle constitue une perspective majeure de maintien, voire de relocalisation de la production industrielle, grâce aux gains de productivité qu’elle permet. Elle répond aussi à de grands défis sociétaux contemporains, tels que l’assistance aux personnes âgées ou handicapées, la réduction de la pénibilité du travail, l’environnement, la surveillance des biens et des lieux. À la clé, c’est un marché estimé à quelque 100 milliards d’euros en 2020. La France se positionne sur ce marché avec l’ambition d’être parmi les cinq leaders mondiaux.

Une filière structurée et visible

Pour accompagner et soutenir cette dynamique, le ministère chargé de l’Économie a initié le plan « France Robot Initiatives » en 2013, qui constitue dorénavant l’un des plans de la nouvelle France industrielle, dont la feuille de route a été validée le 2 juillet 2014.

Il s’agit, en premier lieu, de structurer, fédérer et donner de la visibilité à une filière encore jeune. En 2014, les 1ers États généraux de la robotique, dans le contexte du salon Innorobo, ont d’ores et déjà permis d’engager un partenariat entre tous les acteurs de la filière. Les États généraux, organisés en ateliers, sont un lieu privilégié d’échanges entre scientifiques, industriels ou entreprises de services, et utilisateurs. Les acteurs travaillent ensemble sur des sujets tels que : les machines intelligentes, le transfert de la R&D, la réglementation et les questions juridiques et éthiques, la structuration de la robotique par secteur. L’opération sera renouvelée en juillet 2015, avec le soutien actif de la DGE. 

Les syndicats de la robotique Symop (robotique industrielle) et Syrobo (robotique de service) ont également annoncé qu’ils se rapprocheraient, donnant plus de force et d’unité au secteur.

L’appui financier fait partie des mesures d’accompagnement prévues par le plan robotique pour développer les startups de la filière. Le 4 mars 2014, le tour de table du fonds Robolution Capital a été annoncé. Doté de 80 millions d’euros mariant des fonds publics et privés, ce fonds, créé par Bruno Bonnell, a prévu ses premiers investissements fin janvier 2015 (lire son interview ci-dessous)

Soutenir l’innovation dans le domaine de la robotique

Au cours des cinq dernières années, une quarantaine de millions d’euros ont été consacrés à des projets « innovation » dans le domaine de la robotique. 

Pour rapprocher l’offre robotique française des besoins des grandes entreprises utilisatrices, un projet de plateforme technologique est porté par le CEA List (la Direction de la recherche technologique du Commissariat à l’énergie atomique), avec le Centre technique des industries mécaniques (CETIM) et l’École nationale supérieure d’Arts et Métiers (ENSAM). Réalisée en lien étroit avec le plan « Usine du futur », cette plateforme sera un lieu de mutualisation ouvert, d’équipements robotiques et de personnel hautement qualifié (30 personnes environ prévues à terme), où les grands groupes industriels pourront monter leurs projets de robotisation.

Une 1re édition du concours national de la robotique collaborative, ou « cobotique », a été organisée par le ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique le 5 février 2015. La « cobotique » permet une collaboration entre l’homme et le robot : dans les processus de production (industrielle, agricole, bâtiment, etc.), notamment pour alléger certaines tâches pénibles de manutention, ou encore dans l’assistance à des gestes chirurgicaux. Ce concours constitue une belle vitrine du savoir-faire français dans un domaine d’avenir extrêmement prometteur.

Le soutien à l’équipement en robots des PME 

L’opération Robot Start PME, action transfilière portée par le Symop, Syndicat des machines et technologies de production, le CEA et le CETIM, et validée dans le cadre du Programme d’investissement d’avenir, a déjà permis de sensibiliser plus de 3 800 entreprises à la robotisation. Parmi elles, 400 PME se sont portées candidates au dispositif de soutien. À terme, 250 PME devraient bénéficier de cette opération. 

Une convention signée entre l’État et BPI-Groupe en septembre 2014 prévoit d’accorder 300 millions d’euros de prêts robotique pour financer l’investissement des entreprises engagées dans des projets d’intégration d’équipements de production automatisés. 

Des avantages fiscaux pour l’acquisition de robots industriels peuvent également être accordés aux entreprises sous certaines conditions. 

Dans son ensemble, le plan robotique s’appuie sur des atouts forts : une recherche académique de niveau mondial, la maîtrise de technologies-clés, des PME/ETI innovantes, et des grands groupes prescripteurs. L’objectif du plan est d’accélérer la constitution d’une offre nationale et la diffusion de la robotique dans l’industrie et la société françaises.

Pour en savoir + :

- sur le Plan France Robot initiative : www.entreprises.gouv.fr

- sur les perspectives de la robotique en France : www.entreprises.gouv.fr

- sur le Concours robotique : www.concours-robotique.fr

- sur le Fonds Robolution Capital : www.robolutioncapital.com

- sur le programme Robot Start PME : www.robotstartpme.fr

- sur Syrobo, le syndicat professionnel de la robotique de service : www.syrobo.org

- sur le salon INNOROBO 2015 : www.innorobo.com

- sur les prêts robotique de Bpifrance : www.legifrance.gouv.fr

Côté entreprises

À 10 ans, il construit son premier robot à partir d’un moteur de machine à laver. Aujourd’hui, il est chef de file du Plan robotique de la nouvelle France industrielle, préside le Syndicat de la robotique de service (Syrobo), dirige deux sociétés de robotique – Robopolis et Awabot – et a fondé le Fonds d’investissement Robolution Capital. Bruno Bonnell est un incontournable de la robotique française. 

En quoi un chef d’entreprise se sent-il concerné par le Plan robotique et a envie de s’y investir comme vous le faites en étant chef de file ?

Pour moi, ce Plan est une initiative majeure dans la mesure où tous les acteurs de la robotique s’y retrouvent : entreprises, chercheurs et institutions. C’est un véritable jeu d’équipe qui permet de raisonner de façon globale, au-delà des chapelles, sur la robotique comme levier majeur de la croissance économique. Depuis que sa feuille de route a été approuvée en juin dernier, des réalisations intéressantes ont vu le jour comme Robot Startup PME et le Fonds Robolution Capital.

Où en est Robolution Capital ?

Nous avons déjà investi dans cinq entreprises du secteur de la robotique comme Navya qui fabrique des véhicules autonomes, AFTI qui travaille dans la reconnaissance de formes ou encore Neurala dans les logiciels pour robots. Au total, nous avons investi autour de 8 millions d’euros soit 10 % de notre capital. 

Et le syndicat Syrobo que vous présidez ? 

Je peux vous annoncer aujourd’hui que 2 syndicats de la robotique vont fusionner : Syrobo, spécialisé dans la robotique de service et Symop dans la robotique industrielle. Cette fusion sera effective au mois de mars 2015 et donnera plus de force et d’unité au secteur. 

* Bruno Bonnel est chef de file du Plan Robotique, Président du syndicat de la robotique de service (Syrobo), chef d’entreprise (Robopolis, Awabot) et fondateur du Fonds d’investissement Robolution Capital.

 

Fondé en 2001, RB3D développe des cobots, ou robots collaboratifs d’assistance à l’effort, qui améliorent le travail manuel dans le secteur productif. Depuis 2009, RB3D s’est également lancé dans l’aventure des exosquelettes, ces structures mécaniques qui renforcent les capacités du corps humain. Voici ce que son fondateur, Serge Grygorowicz, pense de l’avenir de la robotique.

Comment voyez-vous le développement du marché de la robotique ?

Nous sommes sur un marché naissant mais extrêmement prometteur en termes de croissance. Le secteur productif a besoin de la robotique pour augmenter sa productivité face à la concurrence mondiale. C’est un besoin impérieux pour revenir dans la compétition mondiale. La cobotique est particulièrement prometteuse et intéressante car elle se fonde – comme son nom le suggère – sur une collaboration entre l’homme et la machine. La cobotique laisse l’homme au centre du processus de production. Toutes les machines destinées à amplifier l’effort, comme celles que nous produisons, augmentent la productivité tout en améliorant les conditions de travail. Nous sommes vraiment dans un processus gagnant-gagnant.

La demande est-elle forte en France ?

Les pouvoirs publics ont lancé une action très intéressante en 2013, avec Robot Start PME, pour aider les PME à investir dans la robotique. Il serait d’ailleurs pertinent que le programme soit repris avec la cobotique pour inciter les PME à se lancer, car nous constatons encore une certaine frilosité de plusieurs d’entre elles sur ce sujet.

Les entreprises comme la vôtre ont-elles leur chance à l’international ?

La concurrence est forte, mais nous avons évidemment notre rôle à jouer et notre place à prendre. Nous avons commencé à prospecter les marchés étrangers : l’Allemagne pour la cobotique et l’Asie pour les exosquelettes, avec des perspectives de collaboration prometteuses dans les exosquelettes. Preuve que nous y croyons !