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« L’Industrie du Futur », une ambition élargie pour la Nouvelle France Industrielle

Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, a présenté la seconde phase de la Nouvelle France Industrielle le 18 mai 2015. Celle-ci est structurée autour de "l’Industrie du Futur", matrice de la stratégie industrielle et de neuf Solutions industrielles, qui regroupent des produits et services répondant aux grands défis d’avenir. Depuis le lancement des 34 plans de la Nouvelle France Industrielle, 330 projets représentant un total de 3,7 milliards d’euros ont été soutenus par l’État à hauteur d’1,5 milliard d’euros. Capitalisant sur cette première phase et sur le dynamisme des chefs de projet, la DGE a proposé au ministre ces nouvelles orientations. "L’Industrie du Futur", c’est une organisation resserrée, des projets plus en phase avec les attentes des clients et tournés davantage vers l’international.

Une mobilisation nationale pour l’Industrie du Futur

Le projet "Industrie du Futur", lancé par le Président de la République le 14 avril 2015, joue un rôle central dans la seconde phase de la Nouvelle France Industrielle. Il a pour objectif d’amener chaque entreprise à moderniser son outil industriel et à réussir sa transition numérique. Il couvre l’ensemble des activités de l’entreprise, de la conception du produit jusqu’au service après-vente, en passant par la production et la logistique. Il tient compte de la convergence entre industrie et services et englobe les problématiques de la transition numérique. 

Les cinq piliers du projet 

  • "L’Industrie du Futur" prévoit en premier lieu un accompagnement personnalisé des entreprises pour moderniser leur outil industriel. Des diagnostics seront proposés aux PME et ETI industrielles avec l’appui des régions. Sur la base d’un référentiel partagé, 15 000 entreprises seront sensibilisées et 2 000 seront accompagnées au cours des deux prochaines années. Elles pourront bénéficier d’un soutien financier grâce à des mesures exceptionnelles : 2,5 milliards d’euros d’avantage fiscal pour toutes les entreprises investissant dans leur outil de production au cours des douze prochains mois ainsi que 2,1 milliards d’euros de prêts de développement supplémentaire distribués par Bpifrance aux PME et ETI au cours des deux prochaines années. Ce volet sera piloté au plus près du terrain par les acteurs régionaux (régions, représentants des entreprises dans les territoires, services déconcentrés de l’État).
  • Le deuxième pilier est consacré au développement de l’offre technologique. Il permettra d’accompagner les projets structurants des entreprises sur les marchés où la France peut acquérir d’ici trois à cinq ans un leadership européen, voire mondial comme la fabrication additive (recherche sur les matériaux et les processus numériques), la virtualisation de l’usine et les objets connectés, ou encore la réalité augmentée.
  • Les enjeux de formation des salariés sont également au cœur du projet. La présence accrue du numérique et de la robotisation implique une transformation des métiers. Le projet a vocation à caractériser ces transformations et adapter en conséquence la formation des salariés. Par ailleurs, afin d’alimenter la réflexion prospective, une première chaire sur "l’Industrie du Futur" sera lancée avant la fin de l’année.
  • Le projet a aussi pour objectif de nouer des partenariats stratégiques au niveau européen et international, en particulier avec l’Allemagne. Le périmètre et la gouvernance du projet ont été conçus pour s’interfacer naturellement avec la plateforme comparable "Industry 4.0" allemande avec laquelle un partenariat sera lancé dès l’automne 2015.
  • Enfin, afin de faire la promotion de "l’Industrie du Futur", quinze projets exemplaires tels que celui de l’équipementier aéronautique Daher (cf. interview de Didier Kayat) seront lancés d’ici la fin de l’année 2016 et un grand événement de visibilité internationale sera organisé. 

Une nouvelle dynamique : un meilleur pilotage

L’Alliance pour l’Industrie du Futur a été créée pour fédérer les acteurs industriels et assurer un meilleur pilotage du projet. Association loi 1901, elle est co-présidée par deux chefs d’entreprise, Frédéric Sanchez, Président du Directoire de Fives et Bernard Charlès, Directeur général de Dassault Systèmes (cf. interview croisée). L’Alliance est fondée autour d’acteurs de l’industrie et du numérique représentant plus de 33 000 entreprises et 1,1 million de salariés : FIM (Fédération des Industries Mécaniques), Syntec Numérique, AFDEL (Association Française des Éditeurs de Logiciels et Solutions Internet), Symop, Gimélec et UIMM (Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie). Sa gouvernance est renforcée par la participation d’acteurs de la recherche et de la formation (CEA, CETIM, Institut Mines-Télécom, ENSAM) et est ouverte aux autres acteurs de l’industrie (fédérations, pôles de compétitivité…) souhaitant s’engager dans cette démarche. 

L’Alliance pour l’Industrie du Futur sera présente au sein du comité de pilotage qui associera notamment le Vice-président du Conseil National de l’Industrie (CNI) et les représentants des organisations syndicales. La DGE, dans ses différentes composantes (industrie, numérique, services, innovation), sera l’un des acteurs clés des groupes de travail relatifs à chacun des cinq piliers. Elle coordonnera l’action des pouvoirs publics et assurera le secrétariat du comité de pilotage.

Une organisation pour neuf Solutions industrielles 

La seconde phase de la Nouvelle France Industrielle consiste à développer de nouvelles Solutions industrielles, orientées vers les clients et répondant à un nombre resserré de marchés prioritaires : les nouvelles ressources, la ville durable, la mobilité écologique, les transports de demain, la médecine du futur, l’économie des données, les objets intelligents, la confiance numérique et l’alimentation intelligente. 

Les neuf Solutions industrielles ont été créées pour faire jouer les synergies entre des plans qui répondaient à des finalités similaires. À titre d’exemples, la ville durable a pour ambition de développer une gestion plus intelligente des réseaux d’eau et d’énergie grâce à des outils numériques ("smart grids"), d’améliorer la performance énergétique des bâtiments et l’implication des consommateurs finaux ainsi que d’augmenter la productivité du secteur de la construction. L’économie des données a elle pour objectifs de valoriser les données dans les entreprises et les services publics, de développer une offre innovante dans les domaines du "big data", du "cloud-computing" et des supercalculateurs. 

Les neuf Solutions capitalisent sur les travaux menés par les chefs de projets des 34 plans industriels et leurs équipes, qui restent moteurs et coordonneront leurs travaux au sein des regroupements. Pour chacune des Solutions, une feuille de route est définie, avec des objectifs et un calendrier détaillé. Une enveloppe de 3,4 milliards d’euros est prévue au sein du Programme d’Investissements d’Avenir (PIA) pour soutenir les projets. Les Solutions bénéficieront de l’appui des pouvoirs publics, du CNI, des Comités Stratégiques de Filière (CSF) et des organisations syndicales, à la fois pour la formation aux nouveaux métiers et pour les évolutions réglementaires nécessaires à leur développement. L’agence Business France sera également mobilisée pour attirer de nouveaux investisseurs en France et promouvoir les Solutions de la Nouvelle France Industrielle à l’international. Cette démarche a vocation à se déployer en région en associant les collectivités régionales. 

La DGE, outre son implication dans chacun des plans, assurera la coordination d’ensemble de la démarche, ainsi que la synthèse et le reporting des travaux au sein de chaque Solution.

Pour en savoir plus :

 

Côté entreprises

Regroupant des organisations professionnelles, des centres de R&D et des partenaires sociaux, l’Alliance pour l’Industrie du Futur assure la mise en œuvre de la seconde phase de la Nouvelle France Industrielle. Ses objectifs : porter le projet "Industrie du Futur", répondre à de nouveaux enjeux et redynamiser l’industrie française. Interview à deux voix de Frédéric Sanchez, Président du Directoire de Fives et Bernard Charlès, Directeur général de Dassault Systèmes.

Quels sont les enjeux de "l’Industrie du Futur" ?

Frédéric Sanchez : Nous sommes à un moment charnière de l’histoire industrielle, avec l’émergence de nouvelles technologies qui vont venir bouleverser nos modes productifs traditionnels, mais aussi nous permettre de répondre à trois enjeux clés pour la compétitivité et l’attractivité de notre industrie : 

  • Une accélération du temps et une diversification des besoins, qui imposent que les usines et les outils de production soient toujours plus flexibles.
  • Un contexte de changement climatique, auquel l’industrie doit répondre par la conception d’équipements et le développement de produits finaux affichant une meilleure performance environnementale.
  • Une image globalement négative de l’industrie, notamment auprès des jeunes, alors que de nouveaux process, technologies et méthodes permettent de valoriser la capacité d’autonomie et la créativité des opérateurs, tout en leur offrant des conditions de travail saines et sûres. 

Dans ce grand mouvement, je suis convaincu que la France dispose d’importants atouts. Dans les domaines du process industriel, de la cobotique, de la 3D, et bien sûr du numérique, certaines sociétés françaises sont très en pointe. Il faut saisir ces opportunités pour réinventer dès aujourd’hui notre industrie.

Pourquoi "l’Industrie du Futur" passe-t-elle par la révolution numérique ?

Bernard Charlès : Dans la nouvelle économie, l’expérience que nous avons d’un produit a plus de valeur que le produit lui-même. "L’Industrie du Futur" sera une industrie de création et de production d’expériences. Et c’est en s’appuyant sur le "jumeau numérique" de tout le système industriel que l’on créera cet avenir durable. À la fois mémoire et projection, le jumeau numérique constitue un vrai trésor industriel. Il permet d’imaginer dans le monde virtuel les nouveaux usages, les produits sur lesquels ceux-ci se fonderont, les outils de production, ainsi que toutes les transformations nécessaires au leadership de l’entreprise. Les plateformes digitales d’innovation et de collaboration permettent l’émergence d’une production modulaire, systémique et interconnectée ("Manufacturing as a Service"), la fabrication additive, l’exploitation des nouveaux matériaux…  Elles ouvrent la voie à de nouveaux modèles économiques basés sur la connexion ultra-rapide avec l’utilisateur. Au-delà de la technologie, voilà la révolution numérique : pour chacun de nous, la libération de l’imaginaire et de l’innovation. "L’Industrie du Futur", c’est ce voyage de transformation, un projet de société majeur qui met en harmonie les produits, la nature et la vie.

Qu’est-ce que l’Alliance pour l’Industrie du Futur et qu’apportera-t-elle dans la mise en œuvre de cette ambition ?

Frédéric Sanchez : Fives et Dassault Systèmes, copilotes de ce qui était le 34e plan consacré à l’Usine du Futur, ont remis mi-2014 une feuille de route définissant les grands axes d’action pour redynamiser notre industrie. Au terme de cette première étape, la contribution d’autres parties prenantes (régions, organisations professionnelles, collectivités, instituts de recherche, établissements d’enseignement supérieur) est devenue indispensable afin de mieux promouvoir ces actions auprès du tissu de PME et d’ETI sur tout le territoire. 

Bernard Charlès : Dassault Systèmes contribue aux grandes initiatives de transformation de l’industrie lancées en Allemagne, en Inde, au Japon, aux États-Unis. En France, tout en reconnaissant les efforts d’innovation considérables engagés par les grands acteurs industriels, le premier challenge est de lancer la transformation numérique au niveau des entreprises de taille intermédiaire qui conditionne la compétitivité et l’inventivité de l’ensemble du tissu industriel, en particulier pour les aider à s’internationaliser. Pour cela, il faut fédérer l’ensemble de l’écosystème industriel et de recherche, rassembler les compétences, et orienter les investissements au niveau national. C’est ce que fait l’Alliance pour l’Industrie du Futur, qui structure la transformation à une nouvelle échelle. Une telle démarche devrait d’ailleurs faire l’objet d’un plan concerté ambitieux au niveau européen.

Équipementier aéronautique et entreprise logistique, Daher fait partie des quinze projets exemplaires sélectionnés dans le cadre de "l’Industrie du Futur".

Pouvez-vous nous présenter la dynamique du groupe Daher ?

Daher est une société ancienne, elle a été créée en 1863. Pendant 140 ans, son activité principale était la logistique de projets. Il y a quinze ans, nous avons décidé de devenir industriel également et nous sommes ainsi devenus l’un des plus grands équipementiers aéronautiques. Aujourd’hui, nous nous diversifions à nouveau sur le secteur du nucléaire. Nous sommes une jeune entreprise industrielle car nous avons quinze ans de savoir-faire. Pourtant, nous sommes convaincus que, dans le cadre de la troisième révolution industrielle, qui est celle de la numérisation et de la mondialisation, les industriels qui savent sécuriser leur supply chain (chaîne logistique) en amont et leur fabrication seront les plus performants. Dans un enjeu de globalisation, une entreprise ne peut marcher que si elle est sûre de recevoir les flux de l’ensemble de ses sous-traitants situés partout dans le monde et cela n’est possible qu’avec cette troisième révolution industrielle, celle de la Data et de la convergence entre industrie et service.

Quelles transformations avez-vous réalisées dans le cadre de "l’Industrie du Futur" ? Qu’est-ce que cela a apporté au groupe en termes de compétitivité ?

Nous avons construit deux nouvelles usines et modernisé les dix autres situées en France. Pour cela, nous avons investi 350 millions d’euros sur les six dernières années (en moyenne 50 millions par an). Contrairement à ce que l’on pense, la robotisation n’est pas l’ennemi de l’emploi. Elle permet de maintenir l’industrie, pourtant concurrentielle, sur le territoire français et de lui apporter de la valeur ajoutée. La robotisation nous a amené chez Daher un accroissement de nos résultats. Dans notre usine de Nantes, où nous construisons des clips de jonction de fuselage en composites thermoplastiques pour des avions tels que l’Airbus A350, nous avons automatisé le processus de production. Ainsi, nous avons divisé par quatre leur temps de fabrication et sommes devenus l’une des usines les plus compétitives dans ce domaine.

Quelle est la place de l’homme dans l’Usine du Futur ?

L’humain est placé au cœur de l’Usine du Futur. L’un des enjeux majeurs est la formation des salariés car ils n’exercent plus le même métier. Chez Daher, les ouvriers programment, pilotent les robots par ordinateur et supervisent les processus. Ils ne font plus de tâches contraignantes et peuvent ainsi se concentrer sur des missions à plus forte valeur ajoutée comme la production de nos pièces. L’année dernière, sur un effectif de 8 600 salariés, un salarié sur deux est allé en formation. Ce qui a représenté plus de 85 000 heures. Cet investissement est indissociable de celui de la robotisation. Il est indispensable de former les salariés à ce nouvel environnement industriel.