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Industrie

Le soutien à l’innovation et au développement de l’industrie chimique

L’industrie chimique est l’un des premiers secteurs industriels en France avec un chiffre d’affaires de 82,4 milliards d’euros en 2014 et environ 200.000 emplois directs. La France est au sixième rang mondial des pays producteurs, après la Chine, les États-Unis, le Japon, l’Allemagne et la Corée du Sud. La DGE mène des actions pour améliorer la compétitivité du secteur : accès à l’énergie à un coût compétitif, développement des plateformes chimiques, soutien aux investissements industriels et à l’innovation, simplification des réglementations, formation.

L’industrie chimique fournit aux autres activités industrielles, les substances et les matériaux dont elles ont besoin. Elle alimente l’industrie de la plasturgie en polymères, l’aéronautique en fibres de carbone, ou encore l’électronique en produits chimiques pour la fabrication des composants. Ce secteur est en permanente évolution vers de nouveaux procédés et produits, pour conquérir de nouveaux marchés. Néanmoins, il est aujourd’hui confronté à la concurrence de l’Asie ou des États-Unis, qui notamment ont accès à une énergie bon marché. 

Le rôle de la DGE est de favoriser le développement de l’industrie chimique. Elle anime le Comité Stratégique de Filière (CSF) Chimie et Matériaux qui rassemble des représentants de l’État, des entreprises et des syndicats de salariés (cf. interview de Philippe Goebel).

Le CSF a adopté le 4 février 2013 un contrat de filière, réactualisé le 27 juin 2014. Il comprend un ensemble de mesures notamment relatives à l’accès à une énergie compétitive, au recyclage des matières plastiques et au développement des outils industriels. 

La DGE intervient également dans le cadre du Plan industriel Chimie verte et Biocarburants intégré dans la Solution "Nouvelles ressources", dont la feuille de route a été adoptée le 2 juillet 2014 (cf. interview de Pascal Barthélemy, chef de projet du Plan).

Les principales actions engagées en faveur de l’industrie chimique 

Accéder à une énergie compétitive

L’énergie est un facteur déterminant de l’industrie chimique, en particulier pour certains procédés. Cela a conduit à élaborer des mesures visant à permettre aux entreprises d’accéder à une énergie compétitive. 

Dans le cadre du contrat de filière du CSF, une première mesure est portée par l’Union des Industries Chimiques (UIC) et l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). Elle vise à mettre en place une action collective de formation des entreprises au management énergétique. Le projet est actuellement en phase de recensement des TPE et PME ayant besoin d’acquérir ces compétences.

Une autre action vise la cogénération, production simultanée de chaleur et d’électricité. Ce système, performant au niveau environnemental, bute sur les conditions économiques actuelles. Dans le cadre du CSF, il a été décidé de réaliser une comparaison des dispositifs de soutien des cogénérations en France et en Europe, particulièrement en Allemagne. Cette étude permettra de proposer des moyens de soutien pour ce type d’unité de production d’énergie.  

D’autres mesures sont en cours, en particulier dans le cadre du projet de loi sur la transition énergétique, pour soutenir les "électro-intensifs". Parmi elles, on peut citer les dispositions relatives à l’effacement et à l’interruptibilité des consommations électriques. 

Utiliser des ressources renouvelables 

L’action du CSF favorise également l’utilisation de ressources recyclables. En particulier, un contrat d’expérimentation vise l’augmentation de 50% de la quantité de matière plastique recyclée en France d’ici 2020.

La DGE s’implique également dans le développement de la chimie du végétal avec notamment la mise en place de l’Association Chimie du Végétal (ACDV) en 2008. Elle a aussi engagé une action visant à favoriser l’achat des produits biosourcés au travers des marchés publics, dans le cadre du plan industriel Chimie verte et Biocarburants.

Favoriser les projets d’investissement et le développement des plateformes industrielles

L’industrie chimique est en perpétuelle évolution, notamment par des restructurations, adaptations d’unités industrielles, liées aux évolutions du marché, au développement de produits permettant d’accéder à de nouveaux marchés, ou bien à la réglementation, avec par exemple la substitution des substances dangereuses. 

La feuille de route du plan Chimie verte et Biocarburants a conduit à identifier plus de 40 projets d’investissement industriel. L’État accompagne ces projets, en analysant les difficultés rencontrées par les entreprises et en proposant des solutions. Un premier projet a déjà été retenu pour un montant de 12 millions d’euros ; un deuxième projet, d’un montant de l’ordre de 200 millions d’euros, devrait faire l’objet d’une décision en octobre 2015.

La DGE a également engagé une action pour favoriser le développement des plateformes chimiques. Les plateformes industrielles sont des regroupements d’installations, qui du fait de la similarité ou la complémentarité de leurs activités, peuvent mutualiser leur consommation de matières premières et d’énergie. Une étude réalisée en 2014 par la DGE et l’UIC a conduit au constat que les plateformes industrielles françaises sont moins bien organisées que leurs concurrentes européennes. Des actions ont été introduites dans le contrat de filière avec pour objet de renforcer leur gouvernance et d’inciter de nouveaux acteurs à venir s’implanter, de manière à partager les services, réduire les coûts et gagner en compétitivité. Ce travail sera relayé par la promotion développée par Business France et au niveau local par les Direccte. 

Le meilleur exemple de reconversion et de mutualisation s’est déroulé en 2012 sur le site de Lacq (Pyrénées-Atlantiques). Un projet collaboratif entre le groupe Total, l’État, les collectivités territoriales et les sociétés Sogebi et Arkema, appelé "Lacq Cluster Chimie 2030", d'un coût total de 154 millions d'euros, a permis de pérenniser les activités de la plateforme anticipant la fin de l'exploitation commerciale du gaz naturel, de construire une unité de traitement de gaz et d’offrir des services qui ont favorisé l’installation d’autres industriels comme Toray. 

Les enjeux associés : la réglementation, la formation et l’innovation

Aujourd’hui, l’un des grands enjeux de la chimie est le cadre réglementaire. Le secteur est soumis à un grand nombre de réglementations européennes (réglementation "Reach" sur les substances utilisées) mais aussi nationales (Plans de Prévention des Risques Technologiques). La DGE contribue à l’action engagée pour simplifier la réglementation, avec notamment celle relative aux auxiliaires technologiques. 

L’industrie chimique rencontre des difficultés de recrutement : une solution peut être la formation en alternance. Pour développer l’apprentissage, une action visant à proposer des solutions d’hébergement a été engagée, avec une opération pilote en région lyonnaise qui devrait se concrétiser prochainement. 

Enfin, l’innovation est déterminante pour assurer la pérennité et le développement des entreprises face à la compétition internationale. À travers les pôles de compétitivité, les instituts pour la transition énergétique et le fonds unique interministériel (FUI), la DGE soutient l’innovation dans le domaine de la chimie. Au cours des trois dernières années, près de 30 projets ont ainsi été approuvés pour un montant total d’aide de 165 millions d’euros.

Pour en savoir plus :

Sur le Comité Stratégique de Filière Chimie et Matériaux :
http://www.entreprises.gouv.fr

Sur le Contrat de Filière Chimie et Matériaux :
http://www.economie.gouv.fr

Sur le plan industriel Chimie verte et Biocarburants :
http://www.entreprises.gouv.fr
(page 21 / Solution "Nouvelles ressources") 

Sur les appels à projets du PIAVE :
http://www.entreprises.gouv.fr

Côté entreprises

Sous le pilotage de son vice-président, Philippe Goebel, le Comité Stratégique de Filière "Chimie et matériaux" réunit des acteurs de la filière, entreprises et fédérations industrielles, des organisations syndicales et les administrations concernées. Il agit pour que l’industrie de la chimie ait un rôle à jouer dans l’ensemble des évolutions industrielles majeures à venir.

Quels sont les enjeux actuels de l’industrie chimique en France ? 

Le premier enjeu de l’industrie chimique en France est de faire savoir et de faire reconnaître le poids qu’elle pèse dans l’économie nationale. Elle représente un chiffre d’affaires de 82,4 milliards d’euros en 2014, 3.200 entreprises composées à 90% de PME et de TPE et plus de 200.000 emplois directs. L’industrie chimique en France dispose dans son ADN de deux gènes essentiels :

  • une culture exportatrice, grâce à laquelle elle a dégagé un excédent commercial record de plus de 7 milliards d’euros en 2014 ;
  • une capacité à innover qui lui permet en permanence d’apporter des solutions aux grands défis sociétaux actuels que sont le changement climatique et le développement durable : des véhicules plus légers, des bâtiments mieux isolés, des énergies renouvelables plus performantes… Tout cela se fait grâce à des innovations issues de la chimie et des matériaux.

Le deuxième enjeu, essentiel, est celui de la compétitivité. Celle-ci est liée à plusieurs facteurs : l’accès à l’énergie qui est une composante très importante de nos prix de revient, l’allègement de la fiscalité de production pour être sur des bases comparables à nos concurrents européens et la simplification règlementaire. L’industrie chimique en Europe est régie par la réglementation "Reach" qui porte sur l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances. Reach constitue la réglementation la plus exigeante au monde, il faut nous en tenir à elle et ne pas prendre des mesures supplémentaires au niveau national. Nous avons en France une filière Chimie et Matériaux forte qui irrigue tous les secteurs industriels : il faut lui donner les moyens de sa compétitivité. 

Quel est le rôle du Comité Stratégique de Filière "Chimie et matériaux" ? 

Le Comité Stratégique de Filière "Chimie et matériaux" est l’un des quatorze Comités Stratégiques de Filière pilotés par le Conseil National de l’Industrie (CNI). Il réunit les entreprises et les organisations syndicales de salariés du secteur mais aussi des fédérations professionnelles : l’UIC (Union des Industries Chimiques), la fédération de la Plasturgie, la COPACEL (Union Française des Industries des Cartons, Papiers et Celluloses), et le SNCP (Syndicat National du Caoutchouc et des Polymères). L’intérêt du CSF pour ces branches industrielles est de pouvoir présenter et faire partager aux pouvoirs publics les grands enjeux et les facteurs-clés de succès de la filière. 

Pour réaliser ses objectifs, le CSF a mis en place cinq groupes de travail. Le premier "Économie circulaire et matières premières" a beaucoup œuvré jusqu’ici sur le recyclage des matières plastiques. Le second "Emplois et compétences" favorise le développement de l’apprentissage en permettant l’hébergement des jeunes. Ce groupe agit également sur l’adéquation entre les compétences acquises lors de la formation initiale et les besoins futurs des entreprises. Le troisième "Infrastructures, logistique et énergie" veille à ce que les entreprises disposent d’infrastructures et d’énergies les plus performantes possibles. En 2013-2014, ce groupe a entre autres travaillé sur les plateformes industrielles de manière à y faciliter l’implantation d’activités nouvelles et sur le soutien aux outils de cogénération industrielle. Le quatrième groupe, "Dynamique de filière", cherche à faciliter les relations entre les grands groupes et les PME : aide à l’exportation pour les PME, charte de bonnes pratiques... Le dernier groupe "Chimie et matériaux durables" concerne l’innovation. Un comité a été mis en place début 2014 afin de déterminer les grands caps technologiques de la filière dans les années à venir, en particulier pour les marchés du transport, du bâtiment et de l’énergie. 

Aujourd’hui, quelles sont les attentes du Comité Stratégique de Filière ?

Au cours de réunions plénières tenues à peu près tous les 18 mois, nous discutons, en présence du Ministre, de l’élaboration et du suivi de notre contrat de filière passé avec les pouvoirs publics, qui liste les engagements réciproques des deux parties ; un premier a été adopté le 4 février 2013. Lors de sa réactualisation le 27 juin 2014, deux tiers des actions avaient été menées à bien et de nouvelles avaient été rajoutées. Nous avons pour objectif de tenir une nouvelle réunion plénière à l’automne afin de continuer ce travail constructif avec les pouvoirs publics qui permet d’améliorer la compétitivité de la filière Chimie et Matériaux et de lui permettre de continuer à jouer son rôle essentiel dans l’économie nationale.

 

Présentée le 2 juillet 2014, la feuille de route du plan industriel Chimie verte et Biocarburants de la Solution "Nouvelles ressources" s’articule autour de 3 axes : réduction de l'impact environnemental de la chimie, développement de la chimie végétale et des biocarburants. Une feuille de route à horizon 2030, soutenue par les industriels.

Quelles sont les orientations du plan industriel Chimie verte et Biocarburants de la Solution "Nouvelles ressources" ?

Le plan est articulé autour de trois axes. Le premier est de réduire l'impact environnemental de la chimie basée sur les ressources fossiles en faisant évoluer les procédés et installations et en montant en gamme vers des produits à plus forte valeur ajoutée pour faire face aux problèmes de compétitivité et de coût de l’énergie. Nous avons des projets sur la cogénération, le recyclage ou encore de nouveaux matériaux pour la transition énergétique. L’économie circulaire est sur le devant de la scène et la chimie doit s’en saisir. 

Le deuxième axe est de soutenir le développement de la chimie du végétal dans un objectif de limiter les gaz à effet de serre et de proposer des substituts à des produits fossiles pour sécuriser l’approvisionnement ou apporter de nouvelles fonctionnalités. L’un des grands enjeux est de faire croître rapidement cette chimie basée sur des ressources végétales et pour cela de comprendre où sont les freins. 

Le troisième axe est de consolider les biocarburants de première génération et de développer ceux de deuxième génération comme le bioéthanol, le biodiesel et le biogaz. Ces derniers peuvent être réalisés à partir de matières lignocellulosiques (déchets forestiers, pailles, etc.), qui présentent un avantage de disponibilité et de non concurrence avec la production alimentaire. 

Quels ont été les travaux menés dans le cadre du plan ?

La feuille de route a permis d’identifier plus de 40 projets d’investissement industriel qui seront lancés d’ici 2020. Certains rencontrent des difficultés d’ordre réglementaire, administratif ou normatif qui se traitent avec les pilotes des ministères concernés. Pour les projets demandeurs de soutien financier, nous avons mis en place un comité constitué de l’ADEME, du CGI, de Bpifrance et du ministère de l’Économie. Sur les 27 projets auditionnés, une vingtaine a été orientée vers des appels à manifestations d’intérêt ou vers le PIAVE (Projets industriels d'avenir). La mise en place des projets industriels est actuellement en cours. 

Nous avons également constitué deux groupes de travail. Le premier a pour thématique la chimie du végétal. Il est composé de chimistes, d’agroindustriels et de ministères avec pour objectif de favoriser le développement des produits biosourcés et leur compétitivité. L’idée est de travailler sur le développement des marchés aval des produits biosourcés. Nous avons réalisé un comparatif international des dispositifs d’incitation existants, où l’État favorise le développement des produits biosourcés en les intégrant dans les appels d’offres publics. Nous proposons de créer, comme aux États-Unis, un label français et si possible européen unique, simple à mettre en œuvre. 

Le deuxième groupe de travail est chargé d'élaborer des propositions concrètes précisant les conditions d'émergence des filières biocarburants de seconde génération (cibles, taux d'incorporation, etc.) en prenant en compte notamment des scénarios d'évolution du mix énergétique français pour le transport. 

Quelles sont les nouvelles perspectives du plan ?

Au sein de ce deuxième groupe, nous avons réuni tous les acteurs concernés, agroindustriels, raffineurs et ministères, pour définir quel sera le mix énergétique en 2030 pour le transport routier et le parc automobile qui favorisera l’utilisation d’énergies alternatives et de biocarburants.

Nous avons étudié comment allait évoluer le raffinage français avec un risque non négligeable de fermeture de raffineries et nous avons pris en compte la loi sur la transition énergétique et ses contraintes : réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre, de 30% la consommation d’énergie fossile et porter en 2030 la part des énergies renouvelables à 15% dans le transport. 

Nos scénarios rééquilibrent le ratio essence/diesel, qualifient l’outil industriel nécessaire et l’utilisation du CO2. Ils ont un impact positif sur la balance commerciale. Nous allons faire en sorte que le plan et les propositions de scénarios soient soutenus par les ministères concernés et mis en place au niveau européen.