à la une

Industrie

Transition énergétique : quels enjeux pour les entreprises ?

Promulguée le 17 août 2015, la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte est un texte de référence pour la France qui accueille la COP21, Conférence internationale de Paris sur le climat, du 30 novembre au 11 décembre 2015. À la veille de l’événement, la DGE réaffirme le rôle essentiel de l’industrie française dans la lutte contre le changement climatique.

Les enjeux de la transition énergétique sont essentiels pour les industriels français et européens : contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ; développer l’innovation, les investissements et les emplois dans les usages et les solutions bas carbone. Dans le cadre de la loi de transition énergétique, la DGE soutient le développement de l’offre de solutions énergétiques économiquement viables, et défend les enjeux de compétitivité des industries françaises.

Favoriser l’efficacité énergétique et s’engager dans des projets d’énergies renouvelables (ENR)

La DGE se mobilise à cette fin pour la réalisation des Solutions de l’Industrie du Futur, qui mobilisent les acteurs des filières pour moderniser l’outil industriel et transformer leur modèle économique par le numérique.

La Solution “Nouvelles ressources” a pour objet de transformer les modes de production des entreprises de la chimie pour les rendre plus propres, plus économes en matière et moins consommateurs d’énergie. Objectifs 2020 : doubler le volume de matières premières d’origine végétale dans l’industrie chimique et recycler 55 % des déchets non dangereux. 

La Solution “Ville durable” répond à la recherche d’une plus grande sobriété énergétique avec le développement d’une gestion intelligente des réseaux d’eau et d’énergie. Un appel d’offres a été lancé en avril 2015 pour déterminer la zone de déploiement des réseaux électriques intelligents (smartgrids). Les lauréats seront annoncés d’ici quelques semaines. 

La Solution “Mobilité écologique” vise à développer le véhicule du futur : moins consommateur d’énergie, plus connecté, et plus autonome. D’ici fin 2016, 20 000 points de charge supplémentaires pour les véhicules électriques seront ouverts au public. 

La DGE soutient la R&D dédiée à l’efficacité énergétique et aux ENR, via les pôles de compétitivité dédiés(1), le programme d’investissement d’avenir(2), et sa participation à l’élaboration et à la diffusion des appels à projets énergétiques du programme de recherche européen H2020. Enfin la loi n° 2013-619 du 16 juillet 2013 et les décrets 2013-1121 et 2014-1393 imposent des audits d’efficacité énergétiques à compter de 2015 puis quadriennaux pour les ETI et grandes entreprises, l’AFNOR certifiant les qualifications des auditeurs.

Plusieurs mesures de la loi sur la transition énergétique incitent les entreprises à s’engager dans des projets d’énergies renouvelables. Les dispositifs de soutien aux énergies renouvelables électriques se sont améliorés, pour le solaire photovoltaïque, l’hydraulique, la méthanisation… Le volume de prêts de Bpifrance pour financer les investissements des sociétés produisant des énergies renouvelables sera doublé d’ici 2017, pour atteindre 800 millions d’euros de prêts par an. Le programme “Projets territoriaux intégrés”, doté d’un budget de 40 millions d’euros de prêts au titre du Programme d’investissements d’avenir, soutient les investissements des PME pour atteindre les objectifs de transition énergétique définis par les Territoires à énergie positive pour la croissance verte.

Par ailleurs, la DGE travaille avec le comité stratégique de filière Éco-industrie (CSF-EI) pour structurer la filière des énergies renouvelables. Avec ce même objectif, le Conseil national de l’Industrie (CNI) a pris position dans une communication d’octobre 2015 en vue de la COP21. Pour le CNI, « l’industrie française doit jouer un rôle essentiel dans la lutte contre le changement climatique par les solutions scientifiques et technologiques innovantes qu’elle développe et apporte à notre société. » Le CNI avait déjà rendu un avis sur ces sujets en juillet 2014, en amont de la loi, notamment pour conforter la compétitivité des industries intensives en énergie.

Défendre les enjeux de compétitivité des industries françaises

Certaines activités utilisant de l’énergie de manière intensive sont particulièrement vulnérables face à une concurrence internationale, qui n’est pas soumise aux mêmes règles en matière de maîtrise des émissions de CO2. Afin d’éviter les “fuites de carbone”, c’est-à-dire la délocalisation d’entreprises qui conduirait à des émissions de COsupplémentaires et à des suppressions d’emplois, la DGE s’est mobilisée pour protéger les entreprises utilisatrices intensives d’énergie (énergo-intensives). Des mesures ont été prises afin d’assurer un environnement compétitif de prix de l’énergie pour ces entreprises, à travers l’interruptibilité, la compensation carbone, les tarifs de transport.

Pour en savoir plus :

Sur la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte : 

www.gouvernement.fr

Sur les Solutions de l’Industrie du Futur :

www.economie.gouv.fr

Sur la communication du Conseil national de l’industrie en vue de la COP21 :

www.entreprises.gouv.fr

 

(1) Le montant des crédits dédiés aux projets financés par le Fonds Unique Interministériel (FUI), contribuant à la lutte contre le changement climatique (projets de R&D portant sur l’efficacité énergétique) s’établit dans une fourchette de 10 à 16,5 M€ par an sur la période 2014-2016, représentant de 10 à 15 % des crédits totaux du FUI.

(2) À titre d’exemple, le dispositif des prêts verts, financé sur ressource PIA, représente 380 M€ sur la période 2010-2013, puis 401 M€ sur la période 2014-2016.

Côté entreprises

Premier chimiste en France, Solvay a des activités fortement dépendantes de l’accès à l’énergie. Il attend de la loi relative à la transition énergétique qu’elle lui permette d’améliorer sa compétitivité.

Pour vous, où en est la France dans le contexte énergétique international ?

En France, comme dans beaucoup d’autres pays européens, le coût d’accès au gaz est très élevé par rapport aux États-Unis. Le choix du nucléaire permet d’avoir accès à de l’énergie électrique largement décarbonée. Notre pays s’est également engagé de manière plus progressive que certains de ses voisins dans les énergies renouvelables.

En quoi le coût de l’énergie est-il déterminant pour votre compétitivité internationale ?

Les achats d’énergie représentent 10 % de notre chiffre d’affaires, c’est donc un facteur clé de notre compétitivité. Malheureusement, le paysage européen est très hétérogène en la matière, notamment pour l’électricité : certains pays ont mis en place des politiques visant à exonérer les gros consommateurs du coût de transport ou de taxes comme celles pour le développement des énergies renouvelables, d’autres non. Il nous paraît important de retrouver un alignement entre les différents pays d’Europe. 

Quelle est votre vision de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte ?

La loi est un pas dans la bonne direction pour transformer notre modèle énergétique. Elle contient aussi plusieurs articles qui vont permettre de favoriser notre compétitivité. Nous espérons maintenant que les dispositifs comme l’interruptibilité, l’allégement du coût de transport et le soutien aux cogénérations seront rapidement mis en œuvre. Pour l’accès au gaz, des efforts supplémentaires devront encore être faits.

Créée en 2008, Global Bioenergies est une société qui développe des procédés pour convertir les ressources renouvelables en hydrocarbures. Il s’agit de convertir les sous-produits de l’agriculture en essence, kérosène ou matériaux. L’ambition de son Directeur général est de déployer cette technologie à grande échelle.

Où en sont les innovations dans le secteur de l’énergie ?

La biologie industrielle, technologie de rupture, n’est pas encore aussi avancée que le solaire ou l’éolien. Global Bioenergies fait partie des pionniers du secteur, et nous faisons le pari que la biologie industrielle deviendra un des piliers de la transition énergétique, et un domaine industriel de premier plan. Différentes visions s’affrontent, celle qui primera sera à l’origine d’une révolution industrielle. 

Quelles sont les opportunités économiques liées aux évolutions du secteur ?

Depuis un an, la baisse du prix du pétrole ne va pas dans le bon sens : le surplus de pétrole atténue les investissements vers les acteurs de la transition énergétique. Pourtant, en parallèle, il y a une baisse du prix des ressources agricoles. Ce qui compte pour nous, c’est le ratio entre les prix du pétrole et des ressources agricoles qui a peu bougé depuis un an. Nous nous attendons à un rééquilibrage des marchés, et à ce que le prix du pétrole augmente dans les prochaines années plus vite que celui des ressources agricoles. Les ressources alternatives deviendraient progressivement incontournables.

Quelles sont les perspectives ouvertes avec la loi relative à la transition énergétique ?

Ce qui nous importe ce sont les obligations d’incorporation de biocarburants dans les carburants terrestres et les aspects fiscaux liés aux biocarburants. Aujourd’hui, il y a une obligation d’incorporation de 7 % en biocarburant dans les carburants terrestres. Nous attendons les nouvelles orientations européennes et nationales sur le sujet.