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Artisanat

Les entreprises du patrimoine vivant, vecteurs de développement économique

Le 14 décembre dernier s’est tenue à Bercy la 4e rencontre nationale des Entreprises du patrimoine vivant (EPV), organisée par l’Institut supérieur des métiers et soutenue par le ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique. Cette journée a ouvert des perspectives d’actions pour les 1 305 entreprises françaises qui détiennent aujourd’hui ce label et pour leurs partenaires. Créé voici dix ans, il est attribué en reconnaissance d’un savoir-faire rare et d’un patrimoine économique spécifique. Quels que soient leur secteur d’activité et leur taille, le dynamisme de ces entreprises offre de formidables opportunités pour le développement de notre économie.

On compte aujourd’hui plus de 1 300 entreprises du patrimoine vivant, qui totalisent près de 60 000 emplois et un chiffre d’affaires annuel de plus de 13,2 milliards d’euros. Avec des effectifs variant de 1 à 3 000 salariés, deux tiers des EPV sont des TPE ou des PME de moins de 20 salariés. On y trouve des marques prestigieuses (Dalloyau, Givenchy, Baccarat…) mais aussi de nombreuses petites sociétés moins connues. Celles-ci n’en sont pas moins des fleurons du savoir-faire artisanal ou industriel français, dans des domaines très variés. Leurs activités couvrent sept “univers marchés”, des équipements professionnels au patrimoine bâti en passant par la décoration et la gastronomie. Les trois quarts des entreprises EPV exportent mais seulement un quart d’entre elles ont une activité significative à l’international (+ de 30 % de leur CA).

Le mariage de la tradition et de l’innovation 

Ces entreprises d’exception partagent les mêmes valeurs : harmonie entre tradition et innovation, quête permanente de l’excellence, esprit créatif, profond respect du métier et sens de la transmission. Toutes font fructifier, par leur dynamisme, un patrimoine et des gestes parfois anciens. Si près de la moitié des EPV datent de la seconde moitié du 20e siècle, près d’un quart ont été fondées avant 1900. Présentes dans toute la France, elles témoignent de la vivacité des tissus industriels locaux.

Une qualité made in France labellisée

Le label d’État EPV a été créé pour soutenir cette qualité made in France, en particulier à l’international. Il est attribué pour cinq ans au terme d’une instruction de l’Institut supérieur des métiers et après avis de la commission nationale de labellisation, composée d’experts des différents métiers et d’acteurs institutionnels dont la DGE. Les critères de sélection sont exigeants : détention par l’entreprise d’un patrimoine économique spécifique et d’un savoir-faire rare, ancienneté de l’implantation géographique ou notoriété de l’entreprise.
Le label EPV apporte des avantages : crédit d’impôts (apprentissage et métiers d’art), appui au développement international via une convention entre la DGE et Business France, accès à des garanties et des financements, notamment au Fonds pour les savoir-faire d’excellence (FSFE) de Bpifrance. Il marque surtout la reconnaissance de l’État pour ces entreprises dynamiques. 

Des actions pour renforcer les performances

Les EPV jouent un rôle primordial dans la transmission des savoir-faire d’excellence ; elles contribuent à l’attractivité des territoires et favorisent leur dynamisme économique. Elles recèlent enfin un indéniable potentiel de développement, en France et sur les marchés internationaux. Il s’agit donc de faire en sorte qu’elles puissent cultiver et amplifier ce potentiel, et entraîner dans leur sillage d’autres entreprises.
Dans cette perspective, la rencontre nationale du 14 décembre 2015 a permis à la DGE de dégager trois grands axes d’actions. Il s’agira d’abord de renforcer le réseau des EPV et de favoriser leurs synergies. À l’export, un accompagnement plus ciblé et la désignation d’ambassadeurs au sein même de la sphère entreprise, chargés de promouvoir les EPV à l’international, seront mis en place. Enfin, les filières de formation dans les métiers concernés, notamment dans les centres de formation d’apprentis, seront renforcées pour assurer sur le long terme la transmission de ces savoir-faire rares et précieux.

Pour en savoir plus :

Sur le label EPV et les entreprises labellisées :
www.patrimoine-vivant.com

Sur l’Association nationale des EPV (ANEPV) :
www.anepv.org

Sur l’Institut supérieur des métiers :
http://infometiers.org

Côté entreprises

La banque publique d’investissement Bpifrance intervient en financement et en investissement auprès de 86 000 entreprises. Son Fonds pour les savoir-faire d’excellence (FSFE), doté de 20 millions d’euros, est spécialement dédié à l’accompagnement des Entreprises du patrimoine vivant. Depuis sa création en 2013, le FSFE a permis d’accompagner cinq sociétés, conformément à son objectif de deux investissements en moyenne chaque année.

Comment Bpifrance a-t-elle été amenée à s’intéresser aux Entreprises du patrimoine vivant ?

Isabelle Ginestet-Naudin : Nous gérions déjà des fonds qui investissent dans le développement d’entreprises dans les secteurs de la mode et du luxe. Ayant fait le constat qu’un fonds dédié aux EPV pouvait présenter un véritable intérêt stratégique, cohérent avec notre action, nous avons répondu en créant le Fonds pour les savoir-faire d’excellence, en partenariat avec la DGE et l’ISM.

Quels sont ses objectifs ?

Tristan De Witte : Il s’agit de créer de la valeur dans l’entreprise. Pour cela, nous prenons une participation à son capital et nous l’accompagnons dans ses réflexions stratégiques en participant à sa gouvernance. Nous apportons au dirigeant de l’expertise et du soutien, notamment pour l’aider à prévenir ou à surmonter d’éventuelles difficultés et lui facilitons son développement ou ses recherches de financements. 

Sur quels critères mobilisez-vous le fonds ?

Isabelle Ginestet-Naudin : L’entreprise doit être labellisée ou “labellisable”. Elle doit être rentable, réaliser un chiffre d’affaires supérieur à 500 000 euros et avoir un projet de croissance crédible. Nous intervenons sur des cycles d’investissement longs, adaptés à la durée des cycles de création de valeur dans ce type d’entreprise…

Tristan De Witte : D’autant plus que la problématique de la transmission y est souvent centrale. Mais l’investissement peut aussi porter sur le développement à l’export ou sur des acquisitions d’entreprises. Il faut de toute façon un projet de création de valeur, sans quoi l’accueil d’un investisseur n’aurait pas de sens.

Créée en 1932, la coopérative d’Isigny Sainte-Mère est devenue un groupe laitier renommé dans le monde entier et emploie 800 personnes. L’exportation représente aujourd’hui 50 % de son activité. Son secret ? L’innovation appuyée sur une solide tradition.

Que fabriquez-vous ?

Deux types de produits. Notre renommée patrimoniale s’attache avant tout à nos produits laitiers haut de gamme : le beurre, la crème, les fromages. Notre beurre est l’un des trois en France à bénéficier d’une appellation d’origine contrôlée, idem pour la crème. Notre mimolette vieille “label rouge” est l’une des deux fabriquées en France. Et le deuxième type de produits, ce sont les laits maternisés. 

En quoi, dans votre activité, l’innovation nourrit-elle la tradition ?

L’innovation s’exprime à travers un mode de management global qui touche tous les aspects de l’activité : technologique, commercial, social, environnemental… Au plan commercial, nous avons créé une équipe export et nous adaptons nos produits en fonction des pays ciblés. Au niveau technologique, pour les fromages par exemple, nous avons constitué une “souchothèque” à partir d’une sélection de cocktails de flore sauvage – autrement dit des ferments – typiques de la région. Nous avons mis au point des procédés qui permettent d’entretenir des goûts pérennes, typiques de notre terroir, tout en éliminant les germes pathogènes. 

Que représente pour vous le label EPV ?

C’est une marque de reconnaissance qui positionne l’entreprise avec un savoir-faire et des valeurs patrimoniales que l’on a su entretenir et ne pas délocaliser. C’est aussi un affichage qui nous oblige sur le plan éthique et qualitatif : on doit être irréprochables. Et en retour, nous contribuons aussi à la promotion du label. Le mettre en avant, c’est un acte patriote !