à la une

Industrie

Le jeu vidéo français a le vent en poupe

Apparu au début des années 1970, le jeu vidéo est devenu en quatre décennies l’une des trois premières industries culturelles mondiales, au coude à coude avec le cinéma. Alliant intimement création artistique et technologies numériques de pointe, précurseur dans ce domaine, il tient une place remarquable dans l’économie française. La DGE prend une part active au financement des créations "made in France", mondialement reconnues, afin de soutenir l’investissement et la compétitivité des entreprises de ce secteur en forte croissance.

Au niveau mondial, les jeux vidéo ont représenté en 2015 un marché de 75 milliards d’euros. La forte croissance actuelle du secteur s’appuie aussi bien sur le cycle ascendant de la huitième génération de consoles que sur le développement des jeux sur appareils mobiles et des plateformes de distribution dématérialisée.
La France est l’un des pays historiques de la création et de l’édition de jeux vidéo. Après des difficultés au début des années 2000, notre pays connaît un vrai renouveau dans ce domaine, notamment sous l’impulsion de politiques publiques volontaristes. De nombreux atouts favorisent ce rebond : des formations de qualité, une excellence reconnue dans les arts graphiques et les technologies visuelles, et le dynamisme d’industries culturelles voisines (film d’animation, bande dessinée…). La France possède plusieurs leaders spécialisés dans les jeux à gros budget – Ubisoft est ainsi le troisième éditeur mondial – et dans les jeux mobiles. Plusieurs jeux français ont obtenu des prix en 2014 et 2015, et les studios implantés dans l’hexagone envisagent de recruter 800 personnes en 2016, qui s’ajouteront aux 5 000 emplois directs déjà recensés dans la filière. 

Une industrie à soutenir

L’industrie française du jeu vidéo est néanmoins confrontée à de sérieux défis. Essentiellement portée par de petites entreprises, elle doit faire face à une consolidation accélérée du secteur et à la concurrence accrue de pays offrant des conditions d’implantation très attractives. Il s’agit d’améliorer la compétitivité française en réduisant les coûts de production, en favorisant l’attractivité des carrières et le développement de compétences. Dans le même temps, les acteurs privés restent réticents à financer ce secteur alors que les besoins s’accroissent, que ce soit pour l’investissement dans les technologies de production, la R&D ou le marketing. Les politiques publiques jouent donc un rôle crucial dans l’accompagnement de la filière. 

La DGE à la manœuvre

La DGE assure l’animation de la filière et la concertation avec ses représentants afin de calibrer les politiques publiques de soutien. Elle pilote à ce titre le groupe de travail jeu vidéo, lancé en avril 2013 par les ministres en charge de la Culture et du Numérique.
Elle participe aussi au financement des entreprises et de leurs projets. Le Fonds d’aide au jeu vidéo (FAJV), cofinancé avec le Centre national du cinéma (CNC) et doté d’environ 2 M€ par an, accompagne la création de nouvelles marques et la production de prototypes chez les petits et moyens studios indépendants. Le Crédit d’impôt jeu vidéo (CIJV) soutient quant à lui les créations de jeux à hauteur de 20 % des dépenses de production, pour un montant annuel moyen de 9 M€ depuis 2008. La croissance des entreprises est soutenue quant à elle à travers le Fonds national pour la Société numérique (FSN), copiloté par le ministère en charge du Numérique, qui cofinancera bientôt à 75 % le Fonds de prêts participatifs au secteur du jeu vidéo (FPPJV).
Au-delà des dispositifs dédiés, le jeu vidéo bénéficie d’un écosystème d’innovation très attractif en France avec des dispositifs tels que le soutien en subventions à la R&D (35 M€ d’aides au secteur depuis 2006), le Crédit d’impôt recherche (CIR) ou le statut fiscal de Jeune entreprise innovante (JEI). 

Vers une meilleure visibilité

La Paris Games Week, organisée à Paris en octobre par le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL), est une manifestation annuelle qui permet de faire rayonner le jeu vidéo sous tous ses aspects et s’adresse à la fois aux acteurs professionnels du secteur et au grand public. Avec plus de 300 000 visiteurs en 2015, elle s’affiche au Top 5 mondial des salons dédiés au jeu vidéo. La DGE en finance plusieurs volets, directement ou via le FAJV : stand dédié aux jeux made in France, salon professionnel, remise de prix annuelle.
La DGE participe également aux travaux interministériels et parlementaires en cours sur la reconnaissance des compétitions de jeux vidéo (e-sport), qui suscitent un engouement croissant à l’échelle mondiale. Le projet de loi pour une République numérique comporte une disposition visant à donner un statut juridique particulier à ces compétitions pour leur permettre de se développer sur le territoire français. Pour alimenter cette disposition, le Premier ministre a confié fin janvier à deux parlementaires une mission sur le sujet.

Pour en savoir plus :

Sur l’industrie du jeu vidéo en France :
www.snjv.org
www.essentiel-jeu-video.fr

Sur le Fonds d’aide au jeu vidéo :
www.cnc.fr

Sur le réseau des écoles du jeu vidéo :
www.snjv.org

Sur le crédit d’impôt jeu vidéo :
www.entreprises.gouv.fr

Côté entreprises

Née en France, Ubisoft est aujourd’hui, avec 1,46 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2015, le 3e groupe mondial de création et d’édition de jeux vidéo. Elle est la première entreprise française et européenne du secteur. Ses studios français emploient deux mille personnes (sur les onze mille du groupe) et sont en croissance constante grâce à des succès tels que Rayman, Just Dance ou Ghost Recon.

En quoi la France est-elle attractive pour les créateurs de jeux vidéo ?

La France est un pays historique de cette industrie qui y excelle. Créer un jeu vidéo exige à la fois de fortes compétences techniques et un talent artistique d’exception. Grâce à leurs écoles notamment, les créateurs français allient un haut degré de technicité à une riche tradition en arts graphiques.

De quels soutiens avez-vous bénéficié de la part de l’État français ?

L’identification du jeu vidéo comme secteur de pointe à la croisée des chemins entre divertissement et hautes technologies a permis d’élargir le Crédit d’impôt recherche à notre R&D et de mettre en place un Crédit d’impôt jeu vidéo (CIJV) prometteur. Les Investissements d’avenir et les aides centrées sur la compétitivité font partie des dispositifs que nous utilisons. 

Quels impacts ont-ils eu pour vous ?

Ils sont largement positifs en termes de compétitivité, dans la mesure où plus de 90 % de nos coûts sont des équipes à haute valeur ajoutée dans un marché très internationalisé : plus de 90 % de notre chiffre d’affaires est réalisé à l’étranger. Les dispositifs français sont sur la bonne voie. Mais nos meilleurs alliés en France demeurent les succès de nos jeux !

Quelles sont vos perspectives de développement au sein de la filière française ?

Nos marques issues des studios France vont continuer à grandir. De plus, notre réputation d’innovation et de créativité nous permet d’être rapidement présents sur les nouvelles plateformes du marché et de créer de nouvelles marques. Nous sommes évidemment très actifs sur les nouveaux défis que représentent la réalité virtuelle et la révolution online/mobile. 

 

Réputé pour son studio de capture de mouvements et ses jeux narratifs, Quantic Dream, fondé à Paris en 1997, emploie aujourd’hui deux cents personnes. Le succès du jeu Fahrenheit a valu à ce studio français d’être reconnu par le fabricant de consoles de jeux Sony, avec qui il travaille en exclusivité depuis 2006.

À quoi tient le succès de Quantic Dream ?

D’une part à notre positionnement unique en tant que créateurs de jeux destinés à des adultes. Nous avons inventé un concept d’interactive dramas aux scénarios très fournis. Ils permettent aux joueurs de vivre des aventures virtuelles, quasi-cinématographiques, en influant sur leur déroulement. D’autre part, l’excellence graphique et technologique de nos jeux valorise les performances des consoles. 

Quel regard portez-vous sur l’action de la DGE en faveur de la filière française du jeu vidéo ?

Elle me semble essentielle. Si notre industrie s’est développée seule pendant vingt-cinq ans, les dispositifs publics sont aujourd’hui indispensables pour rester compétitifs, notamment en nous aidant à développer des projets à gros budget. Le SNJV travaille avec la DGE au sein du groupe de travail jeu vidéo créé en 2013. Cette plateforme de discussion avec les pouvoirs publics a en particulier permis d’élargir le périmètre des jeux éligibles au crédit d’impôt jeu vidéo, et de mettre en place, fin 2015, le Fonds d’avance participative (FAP).

Quels sont les enjeux actuels de développement du secteur en France ?

Les perspectives sont très nombreuses, notamment dans le domaine des jeux sur mobiles et les nouveaux usages tels que le sport électronique, les compétitions de jeux vidéo, le partage de parties, etc. La réalité virtuelle immersive à 360° va également entraîner le développement de nouveaux types de jeux. On le voit, notre industrie continue à reposer sur deux piliers : technologique d’une part, artistique et culturel d’autre part.