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Economie

De l’intelligence économique à l’information stratégique

Par décret du 29 janvier 2016, le nouveau Service de l’information stratégique et de la sécurité économiques (SISSE) est rattaché à la Direction générale des entreprises. Il regroupe les moyens auparavant répartis entre la Délégation interministérielle à l’intelligence économique (D2IE) et le Service ministériel de coordination à l’intelligence économique (SCIE). Cette réforme vise à renforcer la politique publique d’intelligence économique dans un contexte de forte concurrence entre États, marqué par diverses menaces liées notamment à l’utilisation des systèmes numériques.

La création de ce nouveau service unifié répond à une volonté de plus grande efficacité du dispositif d’intelligence économique et de recentrage sur la protection et la promotion des intérêts économiques souverains de la Nation. Il s’agit d’une nouvelle étape. Pour autant, ce qui définit  l’intelligence économique – collecter, analyser, valoriser, et protéger l’information économique stratégique afin de renforcer la compétitivité de la France, celle des entreprises et des établissements de recherche – reste au cœur de l’action du SISSE. L’intelligence économique est d’abord un état d’esprit : pour une entreprise, elle représente une démarche au profit de son développement et de l’amélioration de sa position concurrentielle. Pour l’État, cette politique publique en matière de protection et de promotion des intérêts économiques, industriels et scientifiques de la Nation est directement liée à l’indépendance et à la compétitivité du pays. Il s’agit à la fois de protéger des données sensibles – touchant par exemple aux domaines des communications électroniques, de l’énergie ou des innovations industrielles stratégiques – et de veiller à la sécurité économique des entreprises ou institutions concernées par le traitement de ces données. 

Une cohérence renforcée…

Il est apparu nécessaire de donner une plus grande cohérence au dispositif d’intelligence économique de l’État, auparavant réparti entre deux structures. C’est le but du regroupement des moyens humains et financiers au sein d’une entité unique, le SISSE, rattaché à la DGE. Le SISSE est placé sous l’autorité du commissaire à l’information stratégique et à la sécurité économiques (CISSE), chargé de l’animer et de le piloter. Ce service à compétence nationale réaffirme néanmoins le caractère interministériel de ses missions. Le commissaire rapporte en effet à un comité directeur interministériel, composé des représentants des différents ministres intéressés, et chargé de proposer au Premier ministre des orientations stratégiques. Il est également demandé au SISSE de renforcer les synergies entre les ministères pour mieux travailler en réseau. Autre nouveauté par rapport aux dispositifs précédents : une relation pleinement assumée avec le monde du renseignement, passant par le coordonnateur national au renseignement.

…au plus près des entreprises

Le nouveau service se voit positionné au plus près des entreprises et des secteurs économiques, en particulier grâce à sa proximité avec les services sectoriels de la DGE. Il est par ailleurs appelé à recentrer son action sur des problématiques régaliennes opérationnelles, telles que le pilotage de la veille et du suivi des entreprises stratégiques, ou encore la contribution au contrôle des investissements étrangers en France (IEF). Dans ce cadre, le SISSE est également chargé d’accueillir et d’orienter les acteurs économiques français, par exemple en cas de demande d’information intrusive de la part d’une autorité étrangère. Enfin, au niveau régional, le SISSE offrira un cadre d’action cohérent et unifié pour les chargés de mission régionaux à l’intelligence économique (CRIE). Cela doit notamment permettre à ces derniers une meilleure intégration au sein des pôles 3E (entreprises, emploi et économie) des DIRECCTE.

Analyser et interpréter

Au-delà du recueil d’informations, la mission du SISSE consiste à analyser et interpréter celles-ci dans une logique d’accompagnement et de protection. Les travaux menés en lien avec les services sectoriels de la DGE doivent par exemple permettre d’identifier, parmi les entreprises suivies, celles qui présentent des risques de fragilisation ou des besoins d’accompagnement.

Pour en savoir plus :

Sur les missions de SISSE :
http://www.entreprises.gouv.fr

Sur l’intérêt de mettre en place une stratégie d’intelligence économique en entreprise :
http://secem.fr

Sur les outils pratiques proposés par le SISSE :
http://www.entreprises.gouv.fr

Côté entreprises

Les CRIE sont chargés, au sein des DIRECCTE, de mettre en œuvre dans chaque région la politique publique de l’État en matière de maîtrise de l’information stratégique et de la sécurité économiques. Ils proposent aux entreprises de toutes activités et de toutes tailles, des actions d’accompagnement leur permettant de soutenir leur compétitivité et leur croissance, y compris à l’international.

Quelles sont les entreprises concernées par votre mission ?

Toutes celles dont l’activité nécessite une attention particulière en matière de protection des données, mais aussi de veille active sur leur marché. On parle là d’entreprises au sens large, des TPE-PME aux multinationales, en incluant les laboratoires de recherche, les établissements d’enseignement supérieur. 

Que leur apportez-vous ?

Notre mission consiste à les sensibiliser à l’intérêt qu’elles ont à identifier, maîtriser et protéger leurs informations sensibles. Il s’agit aussi pour elles d’adopter des comportements de veille économique pour mieux anticiper et connaître leur environnement et leur marché dans un contexte économique mondialisé. Nous mettons en place avec divers partenaires (structures de développement économiques, organisations professionnelles…) des programmes conjoints permettant d’accompagner des entreprises vers une prise en compte efficace de ces sujets. 

Par exemple ?

Nous avons conduit durant cinq ans des missions destinées à des PME sur diverses thématiques : détecter des opportunités d’affaires, identifier des partenaires et des leviers de croissance externe, qualifier la concurrence… 250 entreprises de la région Auvergne ont été accompagnées. Et sur 2016 et 2017, nous lançons avec l’agence régionale de développement économique le programme CLEVER. Son objectif est d’accompagner une centaine de TPE-PME avec des experts nationaux de haut niveau dans la mise en œuvre concrète d’une démarche d’intelligence économique dans leur stratégie.

L’information stratégique et la sécurité économiques représentent un sujet majeur pour le groupe Michelin, leader mondial de la fabrication de pneumatiques. L’entreprise emploie plus de cent dix mille personnes, est commercialement présente dans plus de cent-quatre-vingt pays et a réalisé, en 2015, un chiffre d’affaires supérieur à 21 milliards d’euros.

Quel est le périmètre de votre fonction au sein du groupe Michelin ?

Il recouvre la protection du patrimoine de l’entreprise sous toutes ses formes. Que ce soit, bien entendu, celle des personnes physiques, mais aussi celle de l’ensemble des actifs sensibles, matériels ou immatériels tels que les procédés de fabrication et informations de toute nature touchant aux intérêts stratégiques du groupe. Je suis notamment chargé de définir la politique de protection de ce patrimoine et de lutte contre les différentes menaces auxquelles l’entreprise peut être confrontée.

Qu’implique pour vous la sécurité économique ?

Il s’agit de bien connaître notre périmètre d’actifs sensibles et d’identifier, au sein de ce périmètre, ce qui relève de l’information stratégique, de manière à concentrer nos efforts de protection. Cela passe ensuite par une analyse des menaces pour aboutir à la mise en place de dispositifs et de dispositions adaptés, résultats de choix pertinents pour une protection la plus efficiente possible de cette information dans un contexte contraint (règlementations, etc.).

Quel accompagnement les services de l’État vous apportent-ils en la matière ?

Ils nous aident à identifier les risques et à qualifier les menaces. Ils peuvent également jouer un rôle important en termes de retours d’expériences et de partage de bonnes pratiques, et contribuent à la sensibilisation de notre écosystème, notamment de nos fournisseurs et sous-traitants. 

Qu’attendez-vous du SISSE ?

Je serais très intéressé par une information régulière issue d’une veille sur l’évolution des risques et l’émergence de nouvelles menaces. Il me semblerait également utile d’organiser, deux ou trois fois par an, des événements permettant de traiter et d’approfondir ces sujets.