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Industrie

La filière du sport dans les "starting-blocks"

L’économie du sport génère en France 37 milliards d’euros par an de dépenses et offre de belles opportunités de développement économique. Les pouvoirs publics ont souhaité accompagner le secteur privé afin de permettre aux entreprises françaises de prendre toute leur part dans la croissance de ce secteur en plein essor au niveau mondial. À cet effet, un contrat de filière a été signé le 23 mars 2016 par trois ministres* et les représentants des organisations parties prenantes.

aymeric.menard@finances.gouv.fr / muriel.grisot@finances.gouv.fr

La filière sport est à la fois un lieu d’échange avec les pouvoirs publics et un lieu de dialogue entre les acteurs de l’économie du sport, incluant les fabricants et distributeurs d’articles et d’équipements de sport, les fédérations de pratiquants, les constructeurs d’infrastructures sportives, les services liés à la pratique et aux événements sportifs, dont les grands événements sportifs internationaux (GESI)… Ces derniers représentent un enjeu économique majeur, avec des retombées importantes sur la pratique et les achats du grand public. Au regard des enjeux économiques, les pouvoirs publics, représentés par la DGE, la DG Trésor et la direction des Sports, se sont mobilisés pour accompagner le secteur privé à installer un comité de filière doté d’ambitions et de projets communs. Ce processus a abouti, le 23 mars dernier, à la signature du contrat de filière sport, assorti d’une feuille de route de 12 actions prioritaires pour 2016-2017.

Favoriser la cohésion et les coopérations entre les acteurs de la filière

Le contrat prévoit quatre axes d’actions : renforcer les coopérations entre les acteurs de la filière, renouveler l’écosystème du financement des équipements sportifs, promouvoir l’innovation au sein de la filière du sport et aider à la structuration de l’offre française à l’international. 

Déjà mise en œuvre à travers la préparation du contrat lui-même, la coopération entre les acteurs a pris corps, entre autres, autour de la réalisation d’une étude Pipame** conduite par la DGE : "Enjeux et perspectives des industries du sport en France et à l’international".  Le premier volet de cette étude, publiée le 9 juin, analyse la pratique et la demande d’articles et d’équipements sportifs des consommateurs. Le second dresse une cartographie des industriels du sport et propose des scénarios prospectifs de développement des marchés en France et dans trois pays étrangers (Allemagne, Brésil et Afrique du Sud). 

Promouvoir l’innovation

L’innovation numérique prend une part de plus en plus importante dans le domaine sportif. À titre d’illustration, la raquette connectée Babolat, dont le développement a été financé par le Fonds Unique Interministériel piloté par la DGE, connaît un succès mondial auprès des joueurs de tennis. Sur les 12 actions prioritaires de la feuille de route 2016-2017, 5 concernent directement la promotion de l’innovation. Il s’agit notamment de valoriser les savoir-faire de pointe des acteurs de la filière auprès de leurs clients potentiels. Ainsi, un démonstrateur virtuel des solutions innovantes de la filière française pour les équipements sportifs (action 21) sera mis en place (des stades connectés et équipés de solutions de services intégrées). Autre illustration : le lancement d’un ou deux concours d’idées annuel sur la réalisation d’équipements sportifs innovants, sous l’égide du CNDS*** (action 18).

À la conquête du marché international

La feuille de route 2016-2017 prévoit diverses actions pour structurer et développer l’offre française à l’international (axe 4). L’une d’elle vise à développer le parrainage des PME/TPE par de grands groupes afin qu’ils puissent "chasser en meute", autrement dit agir en synergie pour gagner des marchés à l’export. Une autre prévoit l’installation de "clubs sport" pour promouvoir la filière française dans les pays identifiés comme prioritaires. Des Pavillons France liés à la filière du sport seront mis en place sur les salons et les rencontres professionnelles internationales. La réalisation d’un catalogue numérique destiné à ces rencontres et à l’accueil de délégations étrangères aidera aussi à valoriser l’offre française. Sur le terrain des grands événements sportifs internationaux (GESI), il s’agira de capitaliser sur les enseignements de l’Euro 2016 pour préparer la candidature de Paris aux Jeux Olympiques de 2024.

* Le ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports et le secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, de la Promotion du tourisme et des Français de l’étranger.
** Pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques.
*** Centre national pour le développement du sport.

Pour en savoir plus :

Sur la filière du sport et le contrat de filière :
http://www.entreprises.gouv.fr

Sur la feuille de route 2016-2017 :
http://www.sports.gouv.fr

Sur l’étude PIPAME « Enjeux et perspectives des industries du sport » :
http://www.entreprises.gouv.fr

Côté entreprises

Partie prenante du contrat de filière, la FIFAS et UNIVELO réunissaient déjà deux des trois grandes fédérations françaises des entreprises et industries du sport et du cycle. Leur fusion avec la FPS* au sein d’une nouvelle union des entreprises du sport, des loisirs, du cycle et de la mobilité active a été annoncée le 9 juin à Bercy.

Pourquoi ce regroupement ?

Cette fusion traduit de fortes convergences d’intérêt et une ambition commune : accroître la capacité de l’écosystème français des fabricants et distributeurs à exercer une influence au niveau national et international. Il rassemble les forces, les expertises et les talents des trois grandes fédérations historiques du secteur. La nouvelle union regroupe plus de 300 marques de fabricants, dont les plus grandes, 1 200 acteurs de la distribution d’articles de sports et de loisirs et plus de cent marques de fabricants et distributeurs liés à l’univers du cycle. Elle représente plus de 70 000 emplois. 

En quoi est-ce important ?

Ça l’est autant pour l’ensemble des acteurs que pour l’économie française. L’intérêt pour la pratique sportive devient un vrai phénomène de société. Il s’accompagne d’un attrait puissant pour les grands événements sportifs internationaux (GESI) qui représentent au niveau mondial un chiffre d’affaires de 50 milliards d’euros, et sur lesquels la France doit pouvoir mieux valoriser son savoir-faire. C’est notamment autour de cet enjeu économique majeur qu’a été bâtie la filière du sport. 

Quel est selon vous l’intérêt de l’étude PIPAME pilotée par la DGE ?

Elle permet, pour la première fois, d’ouvrir des pistes de réflexion à partir de données objectives. La participation à la conduite de cette étude a d’ailleurs été l’une des initiatives communes de la future nouvelle Union. Elle a donc contribué à rapprocher les acteurs et à mettre en place les bases d’une synergie nouvelle. 

* Fédération professionnelle des entreprises du sport et des loisirs

 

Fabricant de selles haut de gamme pour l’équitation, CWD a été créée en 1998 à Nontron en Dordogne. Elle a intégré en 2013 la marque Devoucoux au sein du groupe LIM (Leather In Motion). Celui-ci emploie 450 salariés, dont 170 en France, vend 12 000 selles par an et a réalisé à l’export, en 2015, 65 % de son chiffre d’affaires de 44,5 M€.

Comment CWD se positionne-t-elle sur son marché ?

Nous visons la satisfaction client en misant sur "l’innovation de rupture" et le développement de nouvelles expériences sportives, en particulier pour le saut d’obstacles. Sur les 250 meilleurs cavaliers mondiaux de cette spécialité, 88 sont aujourd’hui équipés d’une selle CWD. 

Qu’appelez-vous « innovation de rupture » ?

À titre d’exemple, CWD a été lauréate en 2015 de la première édition du concours d’innovation numérique lancé par Bpifrance, avec une selle connectée qui révolutionne la pratique de l’entraînement. La selle, munie de capteurs, restitue sur mobile ou tablette des informations sur les paramètres de locomotion du cheval : vitesse, longueur de foulée, régularité et qualité du saut, etc.  Nous avons développé cette innovation en partenariat avec Ob’do Contact Agile, une société d’ingénierie spécialisée dans le développement d’objets communicants, avec qui nous avons été mis en relation via le pôle Hippolia. 

Cette collaboration illustre-t-elle à vos yeux l’intérêt de la filière du sport ?

Tout à fait, elle illustre les synergies qui peuvent être mises en œuvre entre différents acteurs du monde du sport, fabricants, start-ups et pratiquants.

Avez-vous bénéficié d’un accompagnement de la DGE ?

En effet, c’est la DGE qui, après que nous ayons répondu à un appel à projets qu’elle avait lancé, nous a réorientés vers le concours d’innovation numérique, que nous avons remporté.