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Economie

Anticiper le Brexit pour mieux rebondir

La DGE a pris une part très active à la préparation des négociations sur le Brexit lancées formellement le 19 juin dernier entre l’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni. Son rôle d’analyse et de conseil s’appuie largement sur son expertise sectorielle et sur l’échange avec les entreprises, qu’elle souhaite aider également à anticiper les impacts du Brexit sur leur activité.

Par référendum du 23 juin 2016, les citoyens du Royaume-Uni ont donné au “leave” une majorité de 51,9 %. Le gouvernement britannique a donc activé le 29 mars dernier la procédure de l’article 50 du traité sur l’Union européenne, qui permet à un État membre de sortir de l’Union. Les négociations sur les conditions de sortie ont officiellement démarré le 19 juin 2017. Elles doivent être achevées deux ans jour pour jour après l’activation de l’article 50, soit le 29 mars 2019. Dès le lendemain, sauf prolongation du délai de deux ans décidée à l’unanimité des 27 États membres restants, le divorce sera prononcé.

Des négociations en deux temps

La première phase des négociations devrait aboutir, à l’automne 2018, à fixer les conditions du retrait du Royaume-Uni sur trois points majeurs : le règlement des engagements financiers de ce pays dans le cadre du budget de l’UE, le statut des ressortissants européens au Royaume-Uni après le Brexit et la question de la frontière avec l’Irlande du Nord. La seconde phase, tout aussi cruciale, portera sur les relations futures, notamment commerciales, entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Elle pourrait démarrer dès cet automne et se poursuivra ainsi en parallèle aux négociations sur les conditions de retrait. Or un accord de libre-échange se négocie habituellement dans un délai bien plus long que celui de deux ans imparti pour le règlement de la sortie du Royaume-Uni. Il existe, de ce fait, une probabilité pour qu’au 30 mars 2019, aucun cadre juridique n’ait pu être arrêté entre l’UE et le Royaume-Uni pour prendre le relais du marché intérieur européen à l’avenir. Le Royaume-Uni retomberait alors par défaut dans le statut de pays tiers prévu par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et non dans le régime préférentiel prévu par un accord de libre-échange. En outre, les pays extérieurs à l’UE et au Royaume-Uni pourraient réclamer des compensations.

Anticiper les effets du Brexit sur l’activité des entreprises

Les entreprises françaises dont l’activité est concernée de près ou de loin par des relations commerciales avec le Royaume-Uni doivent donc se préparer activement à un tel scénario. Les questions concrètes qui se posent revêtent de multiples aspects. Le rétablissement éventuel de droits de douane pourrait entraîner une diminution des exportations vers le Royaume-Uni. Les circuits logistiques et d’approvisionnement pourraient devoir être réorganisés en fonction du rétablissement d’un contrôle aux frontières, ce qui pourrait avoir aussi un impact sur les délais de livraison, en particulier pour les produits frais. Les règles de certification et les conditions de mise sur le marché britannique seront également amenées à changer. Se pose encore la question de la continuité des droits acquis et des contrats, ainsi que de la propriété intellectuelle sur les marques, dessins et modèles… Autant d’aspects régis par le droit européen qui cesseront de s’appliquer au Royaume-Uni le 30 mars 2019 en cas de sortie “sèche”, si le Royaume-Uni ne prévoit pas de les perpétuer. Les entreprises doivent en évaluer précisément les éventuels impacts sur leur activité et s’organiser en conséquence en établissant des stratégies adaptées. 

Des risques…

Les risques potentiels pour les entreprises sont directement liés aux sujets évoqués ci-dessus : diminution éventuelle des exportations dans certains secteurs (industrie chimique, agroalimentaire…), pertes d’apports de devises liées à une baisse du pouvoir d’achat des Britanniques (tourisme, immobilier…), ralentissement des flux de marchandises et augmentation des coûts de transport, coût additionnel de nouveaux dépôts de titres de propriété intellectuelle au Royaume-Uni, etc. 

…mais aussi des opportunités 

Le Brexit peut, en revanche, ouvrir des opportunités aux entreprises françaises. Si le marché britannique devient plus difficile d’accès, elles peuvent envisager de se tourner davantage à l’export, vers d’autres pays de l’UE ou le grand export. Plus globalement, le Brexit pourrait générer des opportunités de production et d’emploi en France, d’une part via l’exploitation de nouveaux gisements de croissance, dans des secteurs où nos entreprises sont très compétitives (l’industrie du futur, le numérique ou les services par exemple), ainsi que par une attractivité renforcée. Quoi qu’il en soit, l’objectif principal reste de réduire les incertitudes. Il s’agit de tout faire pour que, le 30 mars 2019, les relations futures avec le Royaume-Uni soient définies le plus clairement possible et que les entreprises ne soient pas confrontées à un vide juridique.

La DGE dans l’action aux côtés des entreprises

Dans cette optique, la DGE joue un triple rôle d’analyse, d’écoute et de conseil, à l’interface entre les entreprises, les autres instances de l’État et les institutions européennes. Elle s’appuie sur ses consultations régulières avec les fédérations professionnelles et les entreprises pour faire remonter leurs préoccupations, mais aussi les sensibiliser à l’importance d’anticiper le Brexit. Dans les régions, les Direccte sont à la disposition des entreprises pour évoquer le sujet, les écouter et les accompagner pour réaliser leur diagnostic comme pour adapter leur stratégie. La DGE apporte aux travaux inter-directions et interministériels sur le sujet son expertise en matière sectorielle et sa connaissance du monde de l’entreprise. C’est ainsi que le mandat de négociation confié à la Commission européenne inclut, par exemple, le fait que les produits respectant les normes européennes déjà mis sur le marché puissent continuer à circuler librement entre l’UE et le Royaume-Uni, même si la réglementation de ce dernier change. Il en est de même pour la reconnaissance existante des diplômes et des qualifications professionnelles.

Pour en savoir plus :

Sur le Brexit :

https://ec.europa.eu/france

Sur la chronologie du Brexit et le processus de négociation :

http://www.consilium.europa.eu

Sur l’avis du Conseil national de l’industrie (CNI) : 

http://www.entreprises.gouv.fr

 

Côté entreprises

Le Conseil national de l’industrie (CNI) a rendu en avril dernier un avis sur les enjeux du Brexit pour l’Europe industrielle. Ses maîtres-mots : anticiper les effets, maintenir une relation forte avec le Royaume-Uni, renforcer l’influence française au sein de l’Union et garantir les conditions d’une concurrence équitable. Pour le CNI, cela passe par un travail individuel et collectif des entreprises, coordonné avec les pouvoirs publics, en vue de définir de nouvelles ambitions intégratives pour l’Union européenne.

Quels sont selon vous les enjeux du Brexit pour l’industrie française ?

Il ouvre une période d’incertitude pour les entreprises des deux côtés de la Manche. Tout en regrettant la décision des Britanniques, nous voulons garder avec eux les meilleures relations possibles car nous y avons des clients, des fournisseurs et des collaborateurs. Nous souhaitons que les négociations soient menées de manière pragmatique afin de trouver des solutions de continuité. 

C’est-à-dire ?

Il faut chercher à éviter “l’effet falaise” qui pourrait survenir le 30 mars 2019 si les politiques des deux côtés ne trouvaient pas d’accord d’ici là. Que se passe-t-il ce jour-là ? Est-ce que les conteneurs passent toujours la frontière ? Est-ce que les expatriés continentaux continuent à avoir un titre de séjour ? Doit-on envisager une sorte de plan Orsec pour assurer l’approvisionnement de nos activités au Royaume-Uni ou peut-on continuer à exporter ? Quid des normes et des réglementations ? Ce ne sont pas des questions subsidiaires.

Que conseillez-vous aux entreprises ?

Chaque entreprise doit faire un inventaire de la situation pour elle-même en envisageant ce dont je parlais à l’instant. Et en même temps, il faut travailler collectivement, avec les fédérations sectorielles et avec nos institutions de tutelle, de manière à renforcer au maximum l’influence française au sein de l’Union. Ces intentions me semblent largement partagées mais il faut profiter de cette négociation inédite pour les formaliser. L’équipe France doit travailler main dans la main !

Au-delà de ces défis, le Brexit présente-il néanmoins à vos yeux des opportunités ?

J’en vois une majeure : le Brexit peut obliger les États membres à traiter enfin les dysfonctionnements qui ont conduit à cette situation. Et la plus grande réforme à faire, c’est que les chefs d’État et de gouvernement assument les décisions qu’ils prennent au sein de l’UE et qu’ils en fassent la pédagogie. C’est une condition sine qua non pour que l’UE puisse passer à un stade supérieur de son développement et non régresser.

Créé en 1978, le Groupe Environnement SA développe des technologies de pointe pour la surveillance de notre environnement, le suivi en continu des émissions et le contrôle de procédés à destination des pouvoirs publics et des industriels. Le Groupe compte huit filiales dans le monde, dont deux au Royaume-Uni où il réalise 20 % de sa production (contre 75 % en France). Il emploie près de 500 personnes au total et a réalisé en 2016 un chiffre d’affaires consolidé de 76,6 M€.

En quoi le Brexit peut-il impacter votre activité ?

Le Royaume-Uni représente pour nous, d’une part, un marché important pour les produits du Groupe à destination principalement des clients industriels. Il constitue, d’autre part, un pays ré-exportateur de nos produits fabriqués localement vers le reste du monde. Sur ce marché, nos concurrents sont essentiellement allemands. Dans l’hypothèse d’un Brexit qui conduirait à rétablir des droits de douane à l’importation, nous serions à égalité de compétitivité avec nos concurrents européens et plutôt favorisés pour nos produits fabriqués et vendus au Royaume-Uni.

Et plus globalement ?

Sur les marchés export hors zone Europe et notamment les plus dynamiques en Asie, en dehors des considérations de taux de change, la compétitivité de nos produits fabriqués au Royaume-Uni sera étroitement liée aux négociations menées par les Britanniques avec les pays concernés, tels la Chine, sur les droits de douane. Parallèlement et à plus court terme, la dévaluation de la livre sterling depuis l’annonce du Brexit nous a permis de gagner près de 20 % de compétitivité sur les marchés hors Royaume-Uni pour nos produits fabriqués en Angleterre, soit plus de 80% de cette production.

Comment vous préparez-vous ?

Concernant la dévaluation de la livre, nous étudions des stratégies de couverture. Cela passe par de l’ingénierie financière qui pourrait conduire par exemple, d’un point de vue pratique, à figer des tarifs en euros pour rassurer les clients internationaux, tout en nous réassurant vis-à-vis des variations de la livre. Un autre risque potentiel du Brexit, inhérent à notre métier, concerne les réglementations environnementales. Si les Britanniques s’écartent des réglementations européennes, cela pourrait conduire à des distorsions de concurrence et des coûts additionnels importants de certification. Mais il est encore beaucoup trop tôt pour pouvoir se prononcer sur cette question.