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Artisanat

L’artisanat : un secteur d’avenir pour l’emploi et le développement du pays

Mettre plus nettement en lumière les formidables potentialités de l’artisanat, les perspectives d’accomplissement qu’il offre aux jeunes et son potentiel de développement pour le tissu socioéconomique français : tel est le défi que relève la DGE en 2018, en collaboration avec de nombreux partenaires du secteur.

L’artisanat, qui représente un tiers des entreprises françaises, est un secteur extrêmement bien perçu par les Français. L’enquête BVA de novembre 2017 pour le Fonds national de promotion et de communication de l’artisanat (FNPCA) le confirme : 94% des personnes interrogées ont une bonne ou une très bonne opinion des artisans. Celle-ci repose, entre autres, sur la perception du fait qu’ils sont à la fois dépositaires d’un vrai savoir-faire, proches de notre quotidien, travailleurs et compétents. De plus, pour les trois quarts des personnes interrogées, l’artisanat permet d’avoir une consommation responsable, d’accéder à des produits et services locaux, respectueux de l’environnement. Plus de 80% des sondés considèrent que l’artisanat joue un rôle important dans la création d’entreprises en France et, plus globalement, dans la croissance économique du pays. 

Un important gisement d’emplois

Pourtant, les métiers de l’artisanat peinent à attirer les jeunes. Leur bonne image semble s’estomper dès lors qu’il s’agit d’en faire un choix d’avenir professionnel, que ce soit aux yeux des jeunes eux-mêmes, de leurs parents ou du monde de l’éducation en général. L’Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat (APCMA) affiche régulièrement une estimation de plusieurs centaines de milliers d’emplois à pourvoir. 30% des artisans ont aujourd’hui plus de cinquante ans et éprouvent des difficultés à trouver un futur repreneur pour leur entreprise. L’essai reste donc à transformer. C’est ce à quoi entendent s’employer en 2018 les pouvoirs publics, en particulier la DGE, et les acteurs institutionnels du secteur, au premier rang desquels l’APCMA et l’ensemble du réseau consulaire.

Relever ce défi suppose d’agir simultanément sur plusieurs paramètres : la notoriété et l’attractivité des métiers de l’artisanat et des formations qui y conduisent, la prise en compte de la spécificité des entreprises artisanales dans les politiques publiques et l’ouverture des entreprises artisanales aux jeunes en recherche de formation, notamment par l’apprentissage. 

Des métiers porteurs de sens et de valeurs

Pour promouvoir l’attractivité des métiers de l’artisanat, les axes de communication sont bien identifiés. Ce sont des métiers de passion, porteurs de sens et de valeurs (goût du travail bien fait, créativité, transmission de savoir-faire et innovation…), et générateurs de lien social à travers une proximité largement reconnue. De plus, les activités artisanales jouent un rôle majeur dans la vitalité et l’animation des territoires, des centres-villes, des centres-bourgs ou des communes rurales. Sur cette base solide, donner à voir et à entendre la passion qui anime les artisans dans l’exercice de leur métier doit permettre de faire entrevoir aux jeunes en quête d’un avenir professionnel enthousiasmant, tout le potentiel d’accomplissement personnel que recèle le secteur. Les reconversions professionnelles de plus en plus nombreuses de cadres ou d’employés vers des métiers de l’artisanat offrent aussi d’excellentes illustrations d’un engouement qui semble renaître. Selon une enquête SINE (INSEE) de 2014 sur la création d’entreprises artisanales, les nouveaux entrants dans le secteur (soit près d’un tiers des créateurs) étaient à 40% des employés, à 34% des ouvriers, à 14% des salariés de professions intermédiaires et à 12% des cadres.

Un soutien actif de la DGE

La DGE s’inscrit pleinement dans la vision d’avenir portée par les représentants du secteur. Elle conduit des actions de promotion et de valorisation en partenariat avec les acteurs publics (APCMA, autres ministères) et privés tels que les organisations professionnelles (U2P et CPME), pour faire de l’artisanat un secteur d’avenir, créateur d’emplois et d’activités économiques sur l’ensemble du territoire. Divers leviers sont actionnés en faveur de cet objectif. Des adaptations législatives et réglementaires visent à simplifier la gestion administrative des entreprises. Le plan d’actions pour la croissance et la transformation des entreprises porté en 2018 par le ministre de l’Économie et des Finances proposera des avancées significatives en la matière. D’autres mesures favorisent la mise en valeur des métiers de l’artisanat en leur permettant de s’afficher comme tels : ont ainsi été récemment créées la qualité d’artisan fromager-crémier (2015) et celle d’artisan cuisinier (2017). La création et l’animation de labels participent aussi de la volonté de mettre en valeur la qualité des savoir-faire, tel le label EPV (Entreprise du patrimoine vivant). 

Accroître la visibilité des artisans

La DGE accompagne également la valorisation des métiers et des formations en étant partie prenante dans l’organisation de concours professionnels tels que les Olympiades des métiers ou le concours “Un des meilleurs ouvriers de France” (MOF). De plus, la DGE travaille en collaboration avec l’APCMA, les organisations professionnelles et le ministère de l’Éducation nationale pour favoriser les rencontres entre les jeunes en recherche d’orientation et les entreprises artisanales. Enfin, le développement des outils numériques permet d’accroître la visibilité des artisans et, dans certains cas, leur présence à l’export (plus de 17Mds€ par an) comme leur contribution à l’attrait touristique de la France. La DGE a édité un recueil des bonnes pratiques à l’usage de l’artisanat.

Les Rendez-vous de l’artisanat

Initiés en 2017, les “Rendez-vous de l’artisanat” organisés à Bercy par la DGE visent à franchir une étape supplémentaire dans la valorisation du secteur, de ses métiers et de ses formations. Sous l’égide d’un comité de pilotage associant l’APCMA, l’U2P, la CPME, le FNPCA  et l’ISM (Institut supérieur des métiers), ces rencontres d’une demi-journée donnent la parole à des artisans, des jeunes en formation ou des “reconvertis” dont les témoignages éclairent sur l’intérêt de leur métier et la passion qui les anime. Les deux “Rendez-vous de l’artisanat” de 2017 ont eu lieu respectivement en février et en décembre sur les thèmes L’artisanat, des métiers de passion, des métiers pour réussir et L’artisan, animateur des territoires et acteur de l’économie de proximité. Un nouveau “Rendez-vous de l’artisanat” sera  programmé en 2018. De plus, la DGE souhaiterait diffuser en région ce type de rencontre, via les réseaux des Direccte et ceux des membres du comité de pilotage. 

Pour en savoir plus :

- Sur le secteur de l’artisanat :

https://www.entreprises.gouv.fr/

- Sur les métiers de l’artisanat : 

http://www.choisirlartisanat.fr/

- Sur le dernier Rendez-vous de l’artisanat (retour en vidéo) :

https://www.entreprises.gouv.fr/

- Sur l’enquête “Les Français et l’artisanat” et la campagne de communication du FNPCA “Je préfère… l’artisanat” :

https://staticswww.bva-group.com/

https://www.entreprises.gouv.fr/

- Sur le numérique et l’artisanat :

https://www.entreprises.gouv.fr/

Côté entreprises

Bernard Stalter dirige 4 salons de coiffure employant 60 salariés. Il préside l’Union nationale des entreprises de coiffure et la Chambre régionale de métiers et de l’artisanat du Grand Est ainsi que celle d’Alsace. Élu fin 2016 pour cinq ans à la tête de l’APCMA, il entend refonder l’artisanat comme un acteur économique à part entière, faire valoir l’apprentissage – dont il est issu – et mener un accompagnement volontariste de la transition numérique.

Que représente aujourd’hui l’artisanat en France ?

Ce sont 1,3 million d’entreprises qui emploient 3,1 millions d’actifs et génèrent 300 milliards d’euros de chiffre d’affaires ! Les entreprises artisanales forment près de 4 apprentis sur 10, et près d’un tiers d’entre elles seront à reprendre dans les quelques années à venir. Il y a dans l’artisanat un potentiel de centaines de milliers d’emplois. Par ailleurs, il contribue à l’équilibre des territoires et à la cohésion sociale. Les enjeux sont considérables.

Sur lesquels allez-vous travailler en priorité ?

Il y en a trois, évidemment liés : l’emploi, l’apprentissage et  la transition numérique. Ces axes seront traités tout au long de la mandature avec le réseau des Chambres de métiers, mais aussi sur une large collaboration avec les pouvoirs publics, État et régions. Il y a également un important travail médiatique à mener pour promouvoir notre secteur.

Le souhait de revivifier l’apprentissage ne date pas d’aujourd’hui. Comment comptez-vous y parvenir ?

Lors de notre assemblée générale du 6 décembre 2017, nous avons remis à la ministre du Travail notre “livre blanc” pour une réforme ambitieuse de l’apprentissage, avec sept propositions. Il s’agit, entre autres, d’adapter les parcours aux nouveaux publics, aux nouvelles pédagogies et aux enjeux de la digitalisation, d’individualiser les parcours, de permettre à chacun, à tout âge, une orientation choisie et non subie. Nous préconisons également de mieux préparer les futurs apprentis avant leur entrée en entreprise, de valoriser la fonction de tuteur et de maître d’apprentissage… Le tout en associant les régions, les branches professionnelles… et l’Éducation nationale.

Vous avez été entendus ?

Je pense que oui ! D’ailleurs, c’est la première fois que j’entends, dans un journal de 20h, un président de la République parler de l’importance des artisans et de l’apprentissage pour l’économie française. Je crois qu’il y a une vraie prise de conscience sur laquelle nous pouvons nous appuyer.

Et en ce qui concerne la transition numérique ?

Cinq groupes de travail sont lancés dans le réseau des CMA sur ce sujet majeur. Nous allons à la fois agir sur nos propres organisations et accompagner les entreprises artisanales dans leur mutation numérique. Nous allons les inciter à le faire à travers des diagnostics, de l’équipement, de la formation… Il faut aussi que les pouvoirs publics, nationaux et régionaux, considèrent comme une priorité absolue l’accès à l’internet très haut débit, en tout point du territoire.

Franck Ledru a repris en 2007 l’entreprise créée par son père à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). Il emploie 18 salariés, essentiellement sur des travaux de rénovation pour des particuliers, avec une forte orientation énergies renouvelables. Élu à la chambre de métiers et de l’artisanat de l’Eure-et-Loir, il a été en 2016 l’un des co-fondateurs du collectif “Artisan socialement responsable”. Il a témoigné sur ce sujet lors du 2e “Rendez-vous de l’artisanat” organisé à Bercy en décembre 2017.

Sur quels principes et objectifs le collectif ASR est-il né ? 

Voici quelques années, un porteur de projet a construit dans la région un gros hôtel en n’employant quasiment que de la main d’œuvre détachée. Avec quelques autres, nous nous sommes dit que, plutôt que grogner chacun dans son coin, nous pouvions nous regrouper en nous interdisant ce type de pratique et en ne recourant qu’à de la main d’œuvre locale. De là aussi l’idée de s’engager au maximum pour la formation professionnelle des jeunes sur nos territoires. On s’aperçoit que de plus en plus de clients sont sensibles à cette approche. 

Comment l’engagement de vos adhérents se formalise-t-il ?

Le label ASR formalise le double engagement que j’évoquais à travers la signature d’une charte : ne pas employer de main d’œuvre détachée et agir concrètement pour la formation des jeunes, en particulier par l’apprentissage. Le collectif regroupe aujourd’hui une cinquantaine d’artisans labellisés en Eure-et-Loir, pas seulement dans le secteur du bâtiment. Nous comptons aussi parmi nos adhérents des organisations professionnelles : la FFB, la CPME, la CAPEB…  D’autres devraient bientôt nous rejoindre. Le CFA du BTP de Chartres est également avec nous. 

Êtes-vous soutenus par les pouvoirs publics ?

Oui, par la CMA 28 qui a été un véritable soutien, et aujourd’hui par la CRMA Centre ainsi que par le conseil régional du Centre-Val de Loire qui nous octroie une subvention de fonctionnement. Aujourd’hui, nous pouvons envisager la création d’un emploi aidé, en visant sa pérennisation. Notre intervention à Bercy au 2e Rendez-vous de l’Artisanat a aussi constitué une forme de soutien par la reconnaissance de notre action et nous a donné de la visibilité. 

Quelles sont vos perspectives pour 2018 ?

Nous voulons convaincre plus d’adhérents de nous rejoindre et lancer un déploiement régional. La CMA de l’Indre a déjà constitué son comité de sélection pour l’obtention du label ASR. Avec l’aide de la région, nous ambitionnons à court terme de nous déployer sur les six départements. Tout cela passe par beaucoup de communication, notamment l’annuaire des artisans labellisés ASR sur notre site internet. Par ailleurs, nous souhaitons mettre au point la rédaction d’une clause type, concernant le recours à l’emploi local, que les maîtres d’ouvrage publics puissent insérer dans leurs appels d’offres, et qui devra être en conformité avec le Code des marchés publics. C’est là aussi que nous pouvons avoir besoin de l’accompagnement des pouvoirs publics.