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Vie de l’entreprise

Apprentissage et formation professionnelle : une réforme majeure pour accélérer

Leviers essentiels de compétitivité pour les entreprises françaises et pour le pays, la formation professionnelle et l’apprentissage sont au cœur du projet de loi “pour la liberté de choisir son avenir professionnel” qui sera présenté prochainement en conseil des ministres.

Le projet de loi résulte à la fois d’un processus de concertation sur l’apprentissage mené entre mi-novembre 2017 et fin janvier 2018, d’une négociation sur l’avenir de la formation professionnelle conduite par les partenaires sociaux ainsi que de mesures décidées par le gouvernement.

Côté apprentissage, la DGE a participé aux groupes de travail qui ont réuni tous les acteurs parties prenantes : les représentants des ministères concernés (Travail, Éducation nationale, Enseignement supérieur), les réseaux consulaires, Régions de France et les organisations professionnelles représentatives des employeurs et des salariés. Des représentants des apprentis (Association nationale des apprentis de France) et des directeurs de centres de formation d’apprentis (CFA) ont également participé à la concertation. Celle-ci a donné lieu à la rédaction d’un rapport remis fin janvier à Muriel Pénicaud, ministre du Travail. Le projet de transformation de l’apprentissage qui en est issu a été présenté le 9 février à Matignon. 

Côté formation professionnelle continue, le projet de réforme s’appuie en partie sur l’Accord national interprofessionnel (ANI) signé par les partenaires sociaux le 22 février 2018. Les orientations et les mesures gouvernementales issues de ce processus ont été présentées le 5 mars 2018 par la ministre du Travail.

Des enjeux majeurs

La refonte du système de formation dans son ensemble vise à permettre aux entreprises d’investir plus et mieux dans la formation et dans les compétences, facteur essentiel de compétitivité hors coût. Dans le contexte actuel de forte concurrence au niveau mondial, le développement des compétences est en effet une clé essentielle d’adaptation aux mutations. Les compétences et la formation ont un impact direct sur la qualité des produits et sur la capacité d’innovation des entreprises. A contrario, notamment du fait de l’importance croissante du numérique, l’absence ou le défaut de formation peut conduire l’entreprise à ne pas pouvoir prendre certaines commandes, voire mettre en péril sa pérennité. À titre d’illustration, la maîtrise du BIM (Building Information Modeling ou maquette numérique) est en passe de devenir incontournable dans les projets de construction de bâtiments. Les évolutions liées aux transitions énergétique et numérique, dont le développement de l’intelligence artificielle, vont également prendre une importance croissante dans les besoins en compétences des entreprises. Plus globalement, le défaut de formation dans notre pays nuit aux PME qui cherchent à croître pour devenir des entreprises de taille intermédiaire (ETI). 

Un système plus simple et plus efficace

Permettre aux entreprises d’accomplir les nécessaires efforts de formation suppose la mise en place de conditions adéquates. C’est pourquoi, dans le cadre de la concertation sur l’apprentissage, la DGE a été attentive à ce que les vingt propositions formulées aillent bien dans le sens de la simplification. La réforme doit notamment faciliter le recours à l’apprentissage pour les TPE-PME qui bénéficieront d’aides simplifiées, d’une réglementation plus adaptée du contrat de travail de l’apprenti, de la possibilité d’embaucher des apprentis sans être contraint par le calendrier scolaire, etc.

Le même esprit guide la définition des mesures concernant la formation professionnelle. Ainsi, par exemple, les TPE et PME bénéficieront d’une solidarité financière des grandes entreprises pour faciliter l’accès de leurs salariés à la formation. Le système de financement sera également revu : les entreprises ne paieront plus qu’une seule cotisation formation professionnelle (contribution unique de 1,68 % pour la formation continue et pour l’apprentissage), au lieu de deux aujourd’hui. Cette cotisation sera automatiquement collectée par les Urssaf, ce qui simplifiera les démarches administratives des entreprises. La construction du plan de formation sera fortement simplifiée et l’innovation pédagogique sera encouragée.

Transition numérique et accompagnement des filières

Au-delà du projet de réforme, la DGE poursuit son action en faveur d’une meilleure prise en compte du système de la formation et de l’enjeu de la formation pour et par les entreprises. Elle vise par exemple au développement des compétences numériques en soutenant la Grande école du numérique (GEN) pour répondre aux besoins des entreprises en la matière. Plus de 400 formations labellisées existent aujourd’hui sur l’ensemble du territoire et près de 10 000 personnes ont déjà été formées dans ce cadre, avec une priorité donnée à la formation des personnes relevant du périmètre QPV (Quartiers prioritaires de la ville).

La DGE participe également, sous l’égide du Conseil national de l’industrie (CNI), à l’accompagnement de l’évolution et du développement des filières. Sur les dix filières confirmées par le Premier ministre, quatre font actuellement l’objet d’une étude diagnostique et prospective du Pipame*, cofinancée par la DGE sur chacune des filières concernées : industries de santé, aéronautique, eau  et chimie.

Enfin, la DGE veille à ce que le monde de l’entreprise soit bien intégré aux campus des métiers et des qualifications, qui regroupent sur des domaines économiques et des territoires définis, des établissements d’enseignement secondaire et supérieur, de formation initiale ou continue avec les acteurs économiques. En lien sur le terrain avec les Direccte, la DGE apporte une expertise sur les dossiers de labellisation des campus dont décide le CNEE (Conseil national éducation économie), en veillant à préserver leur rôle en faveur du rapprochement entre le monde de l’éducation et celui de l’entreprise.

* Pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques.

Pour en savoir plus :

- Sur les 20 mesures de transformation de l’apprentissage :

http://travail-emploi.gouv.fr/

http://travail-emploi.gouv.fr/

- Sur les 12 mesures-clés de la réforme de la formation professionnelle :

http://travail-emploi.gouv.fr/

- Sur les formations de la Grande école du numérique :

https://www.grandeecolenumerique.fr/

- Sur les campus des métiers et des qualifications :

http://www.education.gouv.fr/

Côté entreprises

La société Elbi, implantée à Saint-Soupplets (77), a été créée en 1976 et reprise par Jean-Yves Lambert en 2005. Spécialisée dans la fabrication de vis à billes de précision* pour des applications dans divers domaines de l’industrie, elle réalise un chiffre d’affaires de huit cent mille à un million d’euros et emploie 12 personnes. Elle forme en permanence un ou deux apprentis et accueille régulièrement des stagiaires de l’enseignement professionnel.

Pourquoi formez-vous des apprentis ?

Si l’on veut qu’il y ait des professionnels, il faut les former. Je peux avoir besoin de nouveaux collaborateurs mais, dans l’artisanat, on forme aussi les jeunes dans une optique de mutualisation. De plus, l’apprentissage nous oblige à formaliser, à expliciter ce qui est souvent implicite dans le travail quotidien. Cela permet aussi de rester connecté aux évolutions techniques dont les jeunes acquièrent la connaissance en centre de formation. Enfin, cela favorise la cohésion et la continuité intergénérationnelle, chacun devant faire des efforts pour comprendre l’autre.

Qu’attendez-vous des pouvoirs publics en ce qui concerne la formation professionnelle et l’apprentissage ?

Si l’apprentissage est une cause nationale comme affiché, tout le monde doit collaborer pour réduire son déficit d’image. Il faut donc équilibrer les pouvoirs et améliorer la fluidité des relations entre les trois types d’acteurs : employeurs, branches professionnelles et Éducation nationale. Il y a, à tous les niveaux, des lourdeurs administratives qui entraînent des déconnexions entre les besoins et les réponses ou les moyens alloués. Il faudrait notamment simplifier le système d’aides à l’embauche d’apprentis. 

Selon les éléments dont on dispose aujourd’hui, quel regard portez-vous sur la réforme annoncée ?

Ce qui est écrit me semble aller dans le bons sens mais reste à préciser. L’un des points très positifs est qu’avec la co-écriture des diplômes par les branches, on va s’appuyer sur les professionnels pour savoir ce qui fait la réalité des métiers. Je ferais néanmoins deux remarques. La première, et c’est crucial, c’est la nécessité de valoriser les premiers niveaux de qualification, de manière à ne pas former seulement des ingénieurs. Il faut mieux formaliser les conditions qui permettent d’avoir des professionnels qui répondent aux besoins réels de production, et donc ne pas pousser tout le monde à aller le plus loin possible. La deuxième chose, c’est qu’il faut reconnaître le temps que l’on passe à former des jeunes. C’est bien de reconnaître la qualité de maître d’apprentissage mais il faut aller plus loin et la valoriser réellement. 

* Mécanisme servant à transformer un mouvement rotatif en mouvement de translation.

L’École supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec) a été, en 1993, la première grande école de management à introduire l’apprentissage dans l’enseignement supérieur. Depuis, son CFA (centre de formation d’apprentis) a accueilli plus de 6 500 étudiants-apprentis, formés dans plus de 1 200 entreprises.

En quoi l’enseignement supérieur se prête-t-il à l’apprentissage ?

Il s’y prête tout à fait dès lors qu’il vise à apprendre un métier, ce qui est le cas pour les étudiants de l’Essec. Ces jeunes, appelés à devenir des cadres intermédiaires ou supérieurs, ont besoin de trois types de compétences : le savoir, le savoir-faire et le savoir-être. Leur acquisition demande de fortes synergies entre le monde de l’entreprise et le monde de la formation. Par ailleurs, le mélange pendant les cours des étudiants suivant la filière apprentissage et ceux suivant la filière traditionnelle permet d’enrichir la formation. Aujourd’hui, on a inversé le principe pédagogique : on observe d’abord et on en infère la connaissance. Enfin, l’apprentissage est un vecteur de promotion sociale. Il permet à des jeunes d’accéder à des études supérieures qu’ils n’auraient pas pu se payer par la voie classique.

Est-ce qu’un diplômé par apprentissage vaut un diplômé “classique” sur le marché du travail ?

À l’Essec, les exigences en termes de contenu de formation et de niveau pour obtenir le diplôme sont rigoureusement les mêmes. En termes d’insertion, les apprentis trouvent plus vite un emploi car ils sont directement opérationnels. D’ailleurs, deux apprentis sur trois se voient proposer un emploi dans l’entreprise où ils ont fait leur apprentissage. Et le salaire d’embauche des ex-apprentis est, pour certains programmes, en moyenne 15 % supérieur à celui des autres diplômés du même programme. 

Comment jugez-vous la réforme annoncée ?

J’y vois des aspects positifs, notamment ce qui a trait à la certification des CFA et des maîtres d’apprentissage, l’ouverture de l’apprentissage jusqu’à 30 ans et la création de l’agence France Compétences qui met autour de la table l’État, les régions et les partenaires sociaux pour réguler le système. La co-écriture des référentiels et l’harmonisation des coûts de formation entre régions sont aussi de bonnes choses, ainsi que l’allègement des procédures administratives. Tout cela constitue un progrès. Maintenant, restent posées des questions de gouvernance : est-ce que les branches professionnelles sont les mieux à même de piloter l’apprentissage de certains métiers transverses, comme “chef de produit” ou “contrôleur de gestion”, qui ne sont pas liés à une branche ? Se pose également pour la formation à ces métiers la question du financement. Nous avons, à l’Essec, un coût de formation élevé. On nous a demandé de le réduire, mais il ne faudrait pas qu’une diminution des coûts entraîne une perte de qualité. Enfin, de quelle manière va-t-on prendre en compte la diversité des situations territoriales ? Toutes ces questions restent à approfondir.