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Industrie

La filière automobile française en ordre de marche pour les défis du 21e siècle

Lors du récent Mondial de l’Auto, le contrat stratégique de la filière automobile, signé le 22 mai 2018 entre les acteurs de la filière et l’État, a été mis à l’honneur. Ses quatre “projets structurants” visent à renforcer la compétitivité et assurer l’avenir de l’industrie automobile française dans un environnement international extrêmement concurrentiel.

La filière automobile est stratégique pour la France. Elle rassemble les constructeurs automobiles implantés sur le territoire, mais aussi les équipementiers, carrossiers et fournisseurs, et de multiples sous-traitants de secteurs très divers : mécanique, plasturgie, emboutissage, fonderie, électronique, etc. Au-delà des véhicules particuliers, la France produit aussi des deux ou trois-roues, des camions, des bus, des véhicules utilitaires légers… Ce volet amont compte près de 4 000 entreprises industrielles et emploie en France 400 000 salariés. Il représente un chiffre d’affaires de 155 milliards d’euros – soit 18 % du chiffre d’affaires de l’industrie manufacturière du pays – et un volume d’exportation de 49 milliards d’euros. C’est la filière qui dépose le plus de brevets. Elle investit plus de 6 milliards d’euros par an en R&D.

Le volet aval de la filière constitue un écosystème d’entreprises de services (ETI, PME et TPE) très dense, structuré autour de cinq pôles métiers : la distribution de véhicules et de carburants, la maintenance automobile, les services aux automobilistes, l’apprentissage de la conduite et le recyclage. Il représente 139 000 entreprises employant plus de 400 000 salariés. 

La filière comprend enfin de nombreux acteurs de la R&D, notamment les pôles de compétitivité et les grands organismes de la recherche publique. Au final, ce sont 143 000 entreprises, avec plus de 800 000 salariés, qui œuvrent au rayonnement mondial de l’automobile française.

Trois défis majeurs

Le contrat stratégique de filière signé entre l’État et les représentants de l’ensemble de ces acteurs concrétise leur mobilisation et leurs engagements mutuels face à une rupture inédite dans l’histoire de l’automobile. Les défis lancés se présentent sous la forme de trois disruptions majeures : une disruption technologique, avec le moteur électrique et l’évolution du mix énergétique ; une disruption numérique avec le véhicule connecté, intelligent, autonome et l’émergence de sujets tels que la protection des données détenues par un véhicule ; une disruption sociétale enfin, touchant les usages, avec de nouvelles offres de mobilité et une profonde évolution du rapport à la voiture. Répondre à ces défis est vital pour l’industrie automobile française. Les enjeux portent à la fois sur l’emploi industriel en France, la compétitivité et l’attractivité de la France sur l’ensemble de la chaîne client-fournisseur et des services associés.

Fin 2018, la mise en œuvre du contrat est déjà bien engagée, et fait l’objet d’un suivi régulier avec l’ensemble des parties prenantes. Cette feuille de route partagée s’appuie sur quatre axes d’action définis sous forme de “projets structurants”.

Quatre projets structurants

Le premier engage la filière automobile à être acteur de la transition énergétique et écologique. Il se traduit notamment par l’objectif de multiplier par cinq, d’ici fin 2022, les ventes de véhicules 100 % électrique ainsi que le nombre de bornes de recharge disponibles en visant un ratio d’une borne pour dix véhicules (objectif : 100 000 bornes disponibles en 2022). 

Le deuxième projet vise à créer l’écosystème du véhicule autonome et expérimenter à grande échelle, pour offrir de nouveaux services de mobilité. La stratégie nationale sur le véhicule autonome, coordonnée par Anne-Marie Idrac – et publiée le 14 mai 2018 –, vise à permettre la circulation en France de véhicules autonomes de niveau 3* d’ici 2020, et de niveau 4* d’ici 2022. Un appel à projets doté de 40 M€, lancé par l’État en juin 2018, va déboucher sur un programme d’expérimentations à grande échelle, représentant plus de 200 M€, qui démarrera dès le début de 2019. 

Le troisième axe entend, à travers un large volet dédié à la formation professionnelle, anticiper l’évolution des besoins en compétences et emplois. Le quatrième enfin doit permettre de renforcer la compétitivité de la filière automobile, à travers de multiples actions de soutien et d’accompagnement des entreprises.

La DGE en première ligne

La DGE est le premier point de contact des acteurs de l’industrie automobile avec l’administration. Elle s’est, à ce titre, fortement impliquée dans l’élaboration du contrat de filière aux côtés de la Plateforme filière automobile et mobilités (PFA) et de l’ensemble des parties prenantes. La DGE et la PFA pilotent conjointement le suivi et la mise en œuvre du contrat. Au-delà, l’implication continue de la DGE auprès des acteurs de la filière automobile revêt de nombreux aspects. Elle participe à la préparation coordonnée des politiques publiques en la matière. La DGE et les Direccte sont en première ligne pour déployer le “plan diesel” qui doit accompagner la filière face au recul de ce type de motorisation. Les échanges entre la DGE et la filière automobile portent également sur de multiples sujets européens et internationaux : réglementation européenne sur les niveaux d’émission de CO2, projets de R&D européens, stratégie à l’international, échanges bilatéraux… Autant de sujets cruciaux pour contribuer à maintenir l’industrie automobile française au plus haut niveau dans la compétition mondiale.

* Niveau 3 : Le conducteur n’a pas à surveiller le système en permanence. Les activités non liées à la conduite sont permises de manière limitée. 

Niveau 4 : le conducteur n’a pas à surveiller le système en permanence. Les activités non liées à la conduite sont permises en permanence durant le cas d’usage. 

Pour en savoir plus :

Sur l’industrie automobile française et ses enjeux : 

https://www.entreprises.gouv.fr

Sur le contrat de filière automobile :

https://www.pfa-auto.fr

Sur la stratégie nationale sur le véhicule autonome :

https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr

Côté entreprises

La PFA associe l’ensemble des acteurs de la filière industrielle automobile française. Elle réunit plus de 4 000 entreprises adhérentes, dont les grands constructeurs et grands équipementiers, ainsi que leurs sous-traitants (PME et ETI) à travers leurs fédérations. Elle représente en France 400 000 emplois. En 2017, la filière a produit et vendu 2,6 millions de véhicules en France, 7,4 millions de véhicules dans le monde.

Qu’est-ce qui est essentiel à vos yeux dans le contrat stratégique de filière signé le 22 mai 2018 ?

Le fait que ce soit un contrat, avec des engagements réciproques ! Face aux défis inédits auxquels est confrontée aujourd’hui la filière automobile, ce document transcrit une vision partagée par les industriels et les pouvoirs publics et constitue une véritable feuille de route d’ici 2022. Avec trois axes majeurs : réussir le développement du véhicule électrique dans le cadre de la transition écologique, expérimenter à grande échelle les technologies et les usages du véhicule autonome, et accompagner les acteurs de la filière sur les divers aspects de sa transformation : ressources humaines et compétences, recul du diesel, compétitivité des entreprises…

Quelles sont les idées-forces qui ont guidé les industriels de l’automobile dans l’élaboration de ce contrat ?

Nous avons besoin, pour réussir, d’un écosystème complet qui dépasse largement l’industrie et les acteurs de l’automobile. Cet écosystème inclut l’État, les collectivités locales, les acteurs de l’énergie, de nombreux services, les nouveaux acteurs de la mobilité… Sur le véhicule électrique par exemple, l’objectif est d’avoir d’ici 2022 un million de véhicules électriques et hybrides rechargeables en circulation et 100 000 bornes de recharge publiques. L’enjeu est de parvenir à conjuguer les rôles de chacun de façon cohérente pour que le consommateur y trouve du sens et opte pour l’électrique. Même chose pour les nouveaux services de mobilité. Des engagements ont été pris, on doit s’y tenir, et réussir ! Nous devons pour cela convaincre tous les acteurs que nous sommes aujourd’hui dans un contexte fondamentalement différent de ce qu’il était hier.

Où en est aujourd’hui la mise en œuvre ?

Nous avons bien avancé, en lien avec la DGE, sur l’accompagnement des entreprises concernées par le recul du diesel,  ou encore sur les aspects formation professionnelle. Pour l’expérimentation de véhicules autonomes, nous avons, dans le cadre d’un appel à projets lancé par l’Ademe, finalisé fin novembre la constitution d’un consortium associant les constructeurs, plusieurs grands opérateurs de transport et de nombreuses collectivités locales. Nous nous sommes notamment mis d’accord sur une méthodologie pour mettre en commun, dans cet écosystème complexe, les données résultant des expérimentations. Ce programme d’expérimentations à grande échelle est en effet essentiel face aux importants enjeux de sécurité, de responsabilité et d’acceptabilité.

Quels sont vos axes de travail prioritaires actuels ? 

J’en citerai quatre. Nous travaillons sur une trajectoire à trois ans pour réussir le décollage du véhicule électrique. Le deuxième, c’est le lancement avec Bpifrance d’un accélérateur visant à accompagner la montée en compétitivité de 150 PME et ETI de la filière automobile. Le troisième axe concerne les ressources humaines : après avoir identifié les besoins d’évolution des compétences, nous allons mobiliser des moyens pour bâtir des contenus de formation permettant d’y répondre. Le quatrième enfin consiste à travailler sur l’attractivité de la filière vis-à-vis des jeunes.

Filiale à 100 % du groupe Volvo, Renault Trucks a vendu, en 2017, 50 000 véhicules de 3,5 tonnes et plus. Il emploie en France 9 000 personnes (sur les 11 000 de Volvo France). Ses principaux sites de production sont implantés à Vénissieux-St-Priest près de Lyon, siège de la société, dans l’Ain et en Normandie.

Quels aspects du contrat de filière signé le 22 mai 2018 vous semblent-ils les plus importants pour votre activité ?

Le camion est concerné par les quatre projets structurants de ce contrat, à l’élaboration duquel nous avons contribué avec la plateforme de la filière automobile, aux côtés de Renault et de PSA. Et nous sommes totalement engagés dans sa mise en œuvre car nous sommes confrontés aux mêmes problématiques d’innovation et d’évolution en matière de mobilité que le reste du monde de l’automobile. 

Sur quels sujets êtes-vous particulièrement mobilisés en cette fin 2018 ?

Si je dois n’en retenir que deux, je dirais l’électromobilité et la réglementation européenne sur les émissions de CO2. Sur le véhicule électrique, après plusieurs années de développement et de mise au point de prototypes et de démonstrateurs, nous allons commercialiser mi-2019 deux modèles électriques : un 16 tonnes adapté à la distribution urbaine, et un 26 tonnes dédié à la collecte des ordures ménagères. C’est une première européenne, et c’est une preuve de plus de l’engagement de Renault Trucks dans la transition énergétique. De plus, nous avons démarré en 2018 la commercialisation d’un utilitaire électrique de 3,5 tonnes. Le sujet de l’électromobilité est l’un de ceux qui sont au cœur de nos relations de travail avec la DGE, notamment sur deux aspects : le soutien à l’achat par les clients, en particulier par le dispositif de suramortissement qui vient d’être étendu pour 2019 aux véhicules électriques, et le soutien aux investissements du constructeur. Les innovations entraînent aussi de forts besoins en développement des compétences, sujet sur lequel nous avons de nombreuses actions en cours. 

Vous parliez aussi de la réglementation européenne…

C’est un autre sujet sur lequel nous discutons beaucoup avec la DGE. La Commission européenne travaille sur un projet de règlement fixant de nouveaux seuils d’émission de CO2 pour les véhicules lourds à moteur thermique, avec une première échéance en 2025. L’enjeu pour nous est le caractère atteignable de l’objectif : il s’agit de trouver un point d’équilibre entre les contraintes liées à la réalité écologique et les contraintes industrielles en termes de délais, de coûts de développement et de coûts produit, les camions électriques étant plus chers que les camions diesel. Notre rôle dans les échanges consiste à fournir des informations précises à la puissance publique de manière à ce qu’elle dispose de tous les éléments nécessaires aux meilleures prises de décision.

Comment se passent vos relations avec la DGE ?

Elles sont très satisfaisantes. On ressent de la disponibilité, de l’écoute et de la réactivité, que ce soit au niveau national ou au niveau local avec les Direccte. De notre côté, nous organisons régulièrement des visites, par exemple avec le pôle de compétitivité CARA dont nous faisons partie en Auvergne-Rhône-Alpes, de manière à maintenir nos interlocuteurs au fait de ce que nous faisons sur le terrain. C’est aussi à nous de contribuer à assurer la qualité de la connexion entre les pouvoirs publics et les entreprises.